L’Allemagne dans l’histoire

Regards critiques sur une puissance

 

Mardi 3 octobre 2017

Cours de M. Emmanuel Garcia

 

Les récentes élections allemandes sont pour nous l'occasion d'interroger l'histoire de notre puissant voisin. Qu'avons-nous vu ?

-Un peuple, qui, contrairement aux Français, donne la victoire à la majorité sortante.

-Dans ce peuple, une minorité qui ose briser le tabou de la Seconde Guerre mondiale en envoyant au Bundestag, pour la première fois depuis 1945, des députés d'extrême-droite.  Diapo 0

 Décidément, malgré la mondialisation, les identités nationales restent fortes.

 

Qu'est-ce que l'Allemagne ?

 

Une grande nation qui a toujours eu un problème avec la puissance.

 

Cette phrase nous servira de fil directeur. Elle souligne que le problème doit être envisagé sur le long terme historique, et ne  peut être limité aux questions économiques.

 

1 - Une grande nation

 

Importance de la question

    Tous les peuples peuvent être amenés à faire de grandes choses, mais ils ne le font ni au même moment ni de la même façon. Pour l'Allemagne, après l'épisode nazi, se voir reconnaitre cette qualité de "grande nation" reste une question cruciale.

    Voir les termes dans lesquels la chancelière Merkel justifie en septembre 2015 sa politique d'accueil des réfugiés. Diapo 1

    Pour de Gaulle, la réconciliation franco-allemande passait par la reconnaissance de cette qualité de "grand peuple". Voir les termes qu'il utilise en allemand lors de sa visite an Allemagne en 1962. Diapo 2

 

Une grande nation : en quoi ?

 

Une vitalité démographique et territoriale

    Parties des rives de la mer du nord et de la Baltique vers le V° siècle avant notre ère, les tribus germaniques occupent en quelques siècles un vaste espace au centre de l'Europe.  Diapo 3   

    Vers l'ouest, elles rencontrent le monde romain solidement structuré : la limite des domaines linguistiques germanique et latin est nettement dessinée. Rome a urbanisé, puis christianisé les vallées du Rhin et du Danube, introduisant une première différenciation à l'intérieur de l'espace germanique.   Diapo 4

 

    Vers l'est au contraire s'étendent des espaces longtemps vides, parcourus par le flux et le reflux des migrations. Les populations germaniques essaiment des minorités installées très loin vers l'est, jusqu'au bassin de la Volga. L'installation la plus durable, en Prusse, est le fait d'un ordre religieux et militaire, les Chevaliers Teutoniques. Cette origine combattante marque durablement les classes dirigeantes prussiennes.

Diapo 5

      Les défaites du XX° siècle ont au contraire repoussé vers l'ouest l'espace germanique au profit des Slaves. L'espace germanique est aujourd'hui délimité à l'Est par des frontières sanctuarisées : ligne Oder-Neisse, frontière tchèque englobant les Sudètes vidées de leur population allemande, frontière d'une Autriche indépendante et neutralisée.  Diapo 5

 

    Revenons à l'ouest : au V° siècle la poussée germanique donne le coup de grâce à l'empire romain. Mais la culture latine, plus forte, l'emporte : les conquérants francs sont latinisés, et la rupture avec le domaine linguistique germanique est attestée par le Serment de Strasbourg (842). Diapo 6

    La limite linguistique, très stable jusqu'à nos jours, se situe cependant nettement au delà de l'ancien limes romain, fixé sur le Rhin et le Danube.  Diapo 6

 

    La vitalité démographique se manifeste très tôt à travers l'émigration. Les Allemands ont joué un rôle essentiel, souvent sous estimé, dans la formation et la croissance des Etats-Unis.  Il est venu en Amérique du nord plus d'Allemands que d'Anglais. Le président Eisenhower descendait d'une famille allemande autrefois nommée Eisenhauer ! Diapo 7

 

       De même l'Allemagne a toujours été (plus que la France) grande exportatrice de têtes couronnées. Les familles régnantes de Belgique, Danemark, Bulgarie, Grèce ... mais aussi Angleterre et Russie sont d'origine allemande.  Diapo 8

 

 

De grandes aventures collectives

 

        L'Allemagne a apporté sa contribution à quelques une des grandes aventures collectives qui ont fait l'Europe.

 

La croissance des villes au Moyen-âge

        C'est dans ces villes que naitront la transformation économique et l'aspiration démocratique. Au XV° siècle l'Allemagne dispose d'un double réseau urbain : les villes de la Hanse, réseau commercial qui domine la mer du nord et la Baltique; et les villes libres d'Empire, représentées directement à la diète impérial sans dépendre d'un seigneur. Cependant l'aspiration démocratique qui s'y forme reste à vocation essentiellement locale. C'est une autre base du particularisme allemand.   

Diapo 9

 

La Réforme

        Véritable révolution mentale initiée par le moine allemand Martin Luther. En 1517 il ose entrer en révolte contre les deux plus puissantes institutions de l'époque: la Papauté et l'Empire. L'affaire n'est pas seulement religieuse. Intimement liée à la Renaissance, elle participe à l'affirmation d'un individualisme en rupture avec tous les schémas mentaux du Moyen-âge. Le chrétien lit directement la bible, et établit une relation directe avec Dieu, sans passer par l'intermédiaire de  l'église.  Diapo 10

 

La révolution populaire

        La première de l'histoire est incontestablement la Guerre des Paysans qui soulève l'Allemagne en 1524 - 1526. Ce n'est plus seulement une jacquerie comme le passé en a connu beaucoup, puisqu'il y a une idéologie (la liberté prônée par Luther), un idéologue (le pasteur Thomas Müntzer, Luther lui-même ayant condamné la révolte), un programme (les "Douze articles" adoptés en 1525 par cinquante représentants réunis à Memmingen), une première rencontre entre les paysans révoltés et d'autres catégories sociales (classes populaires des villes, seigneurs déclassés).  Diapo 11

 

Deux remarques importantes à propos de cette révolution :

        1)En la condamnant, Luther établit une distinction entre le domaine religieux, où le chrétien jouit d'une totale liberté face à Dieu, et le domaine civil, où il doit se soumettre à l'autorité, même mauvaise. L'Allemagne trouve ainsi sa première justification moderne de la soumission à l'autorité.  

        2)La révolution paysanne n'imagine pas d'avenir radieux, mais prône le retour à un passé largement mythifié par la religion. Etrange préfiguration du djihadisme contemporain...  Il faudra attendre le XVIII° siècle français pour que se forme un projet révolutionnaire se projetant dans un avenir façonné par la Raison. 

 

Une lutte de libération nationale

            Les cantons suisses sont majoritairement de langue allemande, et intégrés au Moyen-âge dans le Saint Empire romain germanique. Ils se soulèvent au XIV° - XV° siècle contre la domination des Habsbourg. Le légendaire Guillaume Tell n'a sans doute jamais existé. Par contre une chose est certaine : la révolte n'est pas le fait d'un seigneur avide d'indépendance, mais de la société, paysanne et urbaine.  Ce sont des milices paysannes qui battent à plusieurs reprises les armées de l'empereur.

            Les cantons suisses sont de fait indépendants à la fin du XV° siècle. Leur indépendance n'est officiellement reconnue qu'en 1648 par les traités de Westphalie. La Suisse se trouve ainsi séparée de l'ensemble allemand.  Diapo 12

 

Un foyer de créativité

            Du XV° au début du XIX° siècle, l'Allemagne fournit une liste impressionnante de créateurs mondialement connus. Diapo 13

Quelques remarques sur ce "mur des célébrités" :

            -Il s'arrête au début du XIX° siècle, donc avant que l'Allemagne ait un état : la nation, dans ses manifestations culturelles, existe avant l'état.

            -Tous les domaines sont représentés : la technique, la théologie, la peinture, la littérature, la philosophie, et, bien sûr, la musique.

             - Si l'on poursuivait au delà de 1800, on ne manquerait pas de noms : Wagner, Marx, Nietzche, Freud, Einstein ... mais il faudrait rajouter de nombreux noms liés à l'industrie et aux techniques : Siemens, Krupp, Daimler, Benz, Von Braun ...

 

Pour terminer sur ce point

        L'Allemagne, une  grande nation ? Incontestablement oui. Le bilan est même impressionnant, et on n'est guère surpris qu'une telle nation ait pu, à un moment, ressentir la tentation de l'hégémonie. Mais justement le fait d'être héritier d'un aussi riche patrimoine  n'a pas constitué pour l'Allemagne une assurance tous risques contre les dérapages de l'histoire.

 

 

 

 

2 - L'Allemagne privée de puissance

 

Une Allemagne sans état (jusqu'en 1871). Pourquoi ?

Une carte de l'Europe à la fin du XV° siècle montre un contraste frappant entre :

        -A l'ouest, les monarchies nationales déjà constituées (France, Espagne, Portugal, Angleterre).

           -Au centre un espace morcelé, Italie et Allemagne. La présence en Allemagne d'un vaste "saint Empire" ne doit pas faire illusion. Une carte à plus grande échelle montre la situation réelle : un extrême morcellement. Il y a plusieurs centaines d'entités politiques pratiquement indépendantes, l'empereur Habsbourg n'ayant de pouvoir réel que sur ses possessions personnelles. Ces possessions sont considérables, et débordent largement du cadre allemand. Mais il n'y a pas d'état qui puisse représenter LA nation allemande.  Diapo 14

 

        Le morcellement de l'Allemagne ne peut s'expliquer que dans le long terme historique : la façon dont se sont construits les états européens après la dislocation de l'Empire romain.

         L'Empire romain était vécu comme un empire universel, organisant de façon très durable (plus de cinq siècles !) l'ensemble du monde civilisé. Un monde qui devient officiellement chrétien à la fin du IV° siècle. La fin de cet empire au V° siècle ouvre la voie à une dislocation lente et complexe, à peu près aboutie au X° siècle, dans l'Europe que l'on peut désormais appeler féodale. Il y a à la fois morcellement et privatisation du pouvoir politique. Le seul pouvoir réel est le seigneur local, celui qui protège ses paysans et est nourri par eux.

        L'inévitable reconstruction d'ensembles politiques plus vastes prend deux voies complètement différentes :

        -La construction des monarchies nationales, les rois rassemblant des territoires et des populations qui vont former une nation : France, Espagne, Portugal - le plus vieil état nation d'Europe ! - Angleterre.

        -La tentative de restaurer l'Empire, c'est à dire l'unité de la chrétienté occidentale. Le projet est porté par la dynastie franque carolingienne (Charlemagne, 800), puis par des dynasties allemandes (Ottoniens à partir de 962, Habsbourg à partir du XV° siècle). Ce projet est universel - au sens de l'époque, c'est à dire rassemblant l'ensemble de la chrétienté occidentale -  ce n'est pas du tout un projet allemand.

        Trois exemples :  

         - Le nom : "Saint Empire romain" ... auquel on rajoutera plus tard "germanique", pour tenir compte des réalités.       

        - La devise des Habsbourg : AEIOU,  « Austriae Est Imperare Orbi Universo »  : "Il appartient à l'Autriche de gouverner le monde" . Phrase qui ne se comprend que si on lui redonne son sens de l'époque : il appartient à la dynastie de Habsbourg de rassembler la chrétienté occidentale. Diapo 15

        - Charles Quint, le plus puissant des empereurs Habsbourg (1519 - 1558) est très peu allemand. Il a passé plus de temps aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne qu'en Allemagne.   

 

 

Echec de la tentative impériale

Les empereurs se sont heurté à trois puissants adversaires :

 

        -La papauté : l'autre autorité à vocation universelle, qui  a refusé que l'église soit soumise à l'empereur. La "lutte du sacerdoce et de l'empire" s'éternise du XI° au XIII°siècle, marquée par le célèbre épisode de Canossa (1077) : l'empereur Henri IV est contraint de s'humilier devant le pape Grégoire VII. L'autorité impériale sort très affaiblie du conflit. Diapo 16

 

        -Les seigneurs allemands, jaloux de leur autorité. Ils veillent en particulier à ce que la dignité impériale reste élective, et non pas héréditaire. Diapo 17           

 

       -La monarchie française, ennemie jurée de l'empereur, pour ne pas reconnaitre d'autorité supérieure à celle du roi, mais aussi pour éviter l'encerclement de la France par les possessions des Habsbourg.

        François I°, et surtout Henri II, résistent victorieusement à Charles Quint. Henri II mène en 1552 la "marche d'Allemagne" qui lui donne les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun. C'est le premier pas d'une longue marche vers l'est au détriment des territoires allemands. Diapo 18

        Dans la guerre de Trente Ans qui ravage l'Allemagne (1618 - 1648), Richelieu, puis Mazarin, font échouer le renforcement du pouvoir impérial. Les traités de Westphalie (1648) donnent le sud de l'Alsace à la France, et consacrent le morcellement de l'Allemagne. Les traités contiennent aussi un clause faisant de la France le "garant des libertés germaniques" c'est à dire de l'impuissance de l'empire. 

        Avec Louis XIV, la France étend sa domination sur presque toute l'Alsace, et s'empare en pleine paix de Strasbourg, pourtant ville libre d'empire. C'est également sous Louis XIV que se déroulent les mises à sac du Palatinat, bien oubliées en France ... mais pas en Allemagne.       

         Avec Louis XV, la Lorraine est annexée.

            Voir cartographie animée

        Enfin c'est Napoléon qui donne le coup de grâce au Saint Empire : après Austerlitz (décembre 1805), le Saint Empire disparait, l'Allemagne passe sous le contrôle de la France, et l'empereur Habsbourg prend le titre d' "empereur d'Autriche".

 

 

Le Saint Empire : seulement un échec ?   

Il serait réducteur de limiter au mot "échec" un empire qui a duré mille ans, et a eu la même dynastie (Habsbourg) du XV° au XIX° siècle.

 

Deux remarques :

 

        - Le Saint Empire a fonctionné avec des institutions s'adaptant à la diversité allemande. Entre l'empereur, le conseil aulique (ou conseil de la cour), la diète d'empire, les cercles impériaux, et enfin les centaines d'états, la répartition des compétences était complexe, et plus encore le processus de décision. L'empire semblait impuissant, mais il était en même temps immense, et il pouvait lui arriver de faire la guerre au nom de l'ensemble de ses membres. Cette complexité n'est pas sans évoquer celle de l'actuelle Union européenne ... et l'Allemagne y retrouve peut être quelque chose de ses traditions.

 

        - Le projet impérial évolue avec l'histoire, et il a pris successivement, avec les Habsbourg, trois significations géopolitiques :

           1)Un projet d'empire universel, déjà évoqué, et qui est à peu près abandonné après Charles Quint.

            2)Un projet allemand : faire de l'empire un véritable état allemand unitaire autour de la dynastie de Habsbourg. Ce projet apparait avec la Guerre de Trente Ans. Il est définitivement mort avec la défaite de l'Autriche en 1866, et c'est finalement la Prusse qui le réalisera.  

            3)Enfin un projet danubien : rassembler autour de Vienne les peuples divisés du Danube, et qui ne veulent ni de l'hégémonie allemande, ni de l'hégémonie russe. la forme la plus aboutie est le projet des "Etats-Unis de Grande Autriche". François-Ferdinand aurait peut être pu porter un projet de ce type. L'attentat de Sarajevo ne lui en a pas laissé l'occasion.    Cartographie animée

            Mais il est intéressant d'entendre un patriote tchèque (et non pas allemand) défendre ce projet danubien en 1848.  Diapo 19

 

Pour terminer sur ce point

Deux remarques :

 

        1)L'antagonisme franco-allemand est bien plus ancien qu'on ne le pense  généralement en France. Dans l'inconscient collectif français, il remonte tout au plus à 1870. Dans l'inconscient collectif allemand, il commence au XVI° siècle.  Flash

 

        2)Il n'est guère surprenant qu'une puissance dont l'expression a été aussi longtemps retardée se manifeste ensuite avec autant de force. 

 

 

 

3- Gérer la surpuissance

 

 

L'Allemagne enfin unifiée en 1871 apparait immédiatement comme dotée d'une surpuissance inquiétante pour ses voisins. Cela tient d'abord à :

 

La façon dont s'est réalisée l'unité, "par le fer et par le sang" (Bismarck)

 

        La question de l'unité allemande se pose concrètement lors des révolutions de 1848, le "printemps des peuples". Pour réaliser cette unité, il y a trois acteurs possibles :  -la nation allemande, en particulier à travers le parlement élu qui se réunit à Francfort; -la monarchie autrichienne (Vienne, les Habsbourg);  -la monarchie prussienne (Berlin, les Hohenzollern).  

        Mais 1848 est un échec total pour le projet unitaire allemand :

        -Le parlement de Francfort se montre velléitaire. Il n'ose appeler à une révolution populaire, et se contente d'offrir la couronne allemande au roi de Prusse.

        - Le roi de Prusse refuse de recevoir sa couronne d'une révolution. Par contre il veut bien d'une unité qui lui serait offerte par les princes allemands.

        - Vienne s'oppose au projet et contraint Berlin à l'abandonner. C'est la "reculade d'Olmutz" (novembre 1850).

 

        Le projet unitaire est alors repris par Bismarck, ministre-président de Prusse depuis 1862. Il a les idées claires, tant sur l'objectif que sur la méthode.

        - L'objectif : l'unité de l'Allemagne autour de la Prusse, en excluant l'Autriche.

        -La méthode : la ruse et la force, c'est à dire l'unité "par le fer et par le sang", selon un discours de Bismarck en 1862. (Mais la suite montrera que Bismarck n'a rien d'une brute sanguinaire : il sait au contraire se montrer très fin diplomate).

 

        Bismarck provoque délibérément trois guerres, toutes gagnées par la Prusse, et qui aboutissent à l'unité allemande :

        - 1864 : guerre des duchés danois. Elle sert à mettre en avant la Prusse et à discréditer l'Autriche.

        - 1866 : guerre contre l'Autriche. Vaincue à Sadowa, l'Autriche est exclue d'Allemagne. Toute l'Allemagne du nord est unifiée autour de la Prusse.

        - 1870 : guerre contre la France. Le chef d'œuvre diplomatique de Bismarck, puisque la France déclare elle-même une guerre qui servira à unifier Allemagne du nord et du sud. L'Empire allemand est proclamé en janvier 1871 dans la galerie des glaces de Versailles. En outre le traité de 1871 rend l'Alsace et la Lorraine à l'Allemagne.     

Cartographie animée

 

L'Allemagne apparait également comme une surpuissance par la force objective du nouvel état unifié :

        - Une position centrale en Europe, continentale, avec une ouverture océanique.

        - Un territoire plus grand que celui de la France.

        - Une puissance militaire prouvée par les victoires sur l'Autriche et la France.        

        - Un dynamisme économique et commercial exceptionnel.

 

 

Bismarck et la Realpolitik : une gestion raisonnable de la surpuissance

        Bismarck a parfaitement compris la nouvelle équation européenne : l'Allemagne unifiée est plus forte que n'importe quelle puissance européenne; mais elle est moins forte qu'une coalition des puissances européennes. Donc, il faut éviter à tout prix une telle situation, ce que Bismarck appelait "le cauchemar des coalitions".  Cela ne peut se faire qu'en autolimitant la puissance allemande, pour que l'Allemagne n'ait aucun ennemi ... sauf la France, irréconciliable, que l'on doit absolument empêcher de trouver des alliés.

        Le "système bismarckien" est la solution de cette équation :

        - L'Allemagne est, directement où indirectement, alliée à tout le monde ... sauf bien sûr à la France.          

        - L'Allemagne n'a plus aucune revendication. Elle joue dans les conflits le rôle d' "honnête courtier" (dixit Bismarck), comme lors du congrès de Berlin (1878 : conflit des Balkans) et de la conférence de Berlin (1885 : litiges coloniaux en Afrique).

Diapo 20

 

         - Tout en développant son commerce à l'échelle mondiale, l'Allemagne limite ses ambitions politiques outre-mer, abandonnant la colonisation à l'Angleterre et à la France, encourageant même la colonisation française.  

 

 

Après Bismarck : la surpuissance à la dérive

 

Guillaume II : la désastreuse incompétence

        Le jeune empereur Guillaume II (29 ans lors de son accession au trône en 1888) congédie le vieux Bismarck en 1890 : il veut exercer lui-même le pouvoir.

Diapo 20bis

        Guillaume II n'est pas un imbécile. Mails il n'a ni la hauteur de vue ni le caractère qu'exigeraient ses immenses responsabilités. Avec la fougue de sa jeunesse, il refuse d'autolimiter la puissance allemande, sans mesurer vraiment les conséquences de ce choix. L'affirmation d'ambitions mondiales (développement de la flotte, colonisation, alliance avec l'Empire ottoman), fait s'écrouler toute la construction bismarckienne :

        - Le système d'alliances unique autour de l'Allemagne est remplacé par une double alliance, la Triple Entente rassemblant ceux qui redoutent la nouvelle ambition allemande (Russie, Angleterre ... et France enfin sortie de son isolement).  

Diapo 20bis  

        - La nouvelle doctrine militaire allemande, le plan Schlieffen, accepte l'éventualité d'une guerre sur deux fronts.  Préparé à partir de 1890, le plan Schlieffen était inconcevable sous Bismarck.  Cartographie animée

        - La tentation hégémonique, le double système d'alliances, le plan Schlieffen, le manque de sang-froid de Guillaume II ... ce redoutable cocktail précipite l'Europe dans la catastrophe en août 1914, à l'occasion d'une crise qui aurait pu rester locale.

Cartographie animée

        - Pendant la guerre, le projet hégémonique allemand est clairement avoué, en particulier à travers le "programme de septembre" du chancelier Bethmann-Hollweg.

Cartographie animée

 

 

Hitler : la dérive criminelle et suicidaire

        L'accession d'Hitler au pouvoir (janvier 1933) doit beaucoup aux circonstances exceptionnelles d'une crise économique et sociale catastrophique. Mais elle s'explique aussi par les réactions d'une bonne partie de la société allemande à la défaite de 1918, réactions caractérisées par le refus du réel.

 

        Tout le comportement du régime nazi est une négation du réel, parfois habile, toujours criminelle pour ce qui concerne les relations avec les peuples déclarés "inférieurs", mais finalement vaine.

 

        *L'hégémonie allemande est impossible ?  Hitler répond par une sorte de "plan Schlieffen diplomatique" : vaincre ou écarter ses adversaires les uns après les autres, et jamais tous ensemble. Cela marche plutôt bien de 1935 à 1939, du rattachement de la Sarre au Pacte germano - soviétique. Mais dès 1940, malgré l'apparent triomphe contre la France, la machine se grippe : l'Angleterre continue la guerre, la perspective d'un conflit long et sur plusieurs fronts se dessine.   Dès lors Hitler se lance dans une fuite en avant (attaque en Lybie, puis dans les Balkans, puis contre l'URSS) ... jusqu'à la catastrophe finale.

        Le régime nazi n'a aucune stratégie mondiale ... alors qu'il a déclenché une guerre mondiale. Sur ce point la comparaison des deux camps est éclairante. Dès l'entrée en guerre des Etats-Unis (décembre 1941), la "Grande Alliance" (Etats-Unis, Angleterre, URSS) coordonne ses plans et adopte une stratégie commune : d'abord vaincre l'Allemagne, puis se retourner  contre le Japon. Dans l'autre camp, Allemagne et Japon ont mené deux guerres parallèles sans jamais coordonner quoi que ce soit.

Cartographie animée : Hitler avait-il une stratégie mondiale ?

 

        *Il existe des peuples inférieurs ? Il faut les réduire en esclavage. Des peuples nuisibles ? Il faut les éliminer. En matière de massacre, l'Europe en avait  déjà vu beaucoup.  Mais avec le génocide des Juifs et des Tsiganes, c'est de tout autre chose qu'il s'agit : la planification rationnelle de l'extermination d'un peuple par des méthodes industrielles. Le fonctionnement d'Auschwitz est celui d'une usine parfaitement efficace. 

 

        *Enfin le comportement de l'Allemagne peut être considéré comme suicidaire. Rien ne le montre mieux que la fin de la guerre, récemment étudié par Ian Kershaw. En 1945 les plus importants dirigeants nazis se suicident. Mais d'une certaine façon c'est toute l'Allemagne qui se suicide, par une résistance acharnée jusqu'au printemps 1945, alors qu'il n'existe plus aucune perspective de victoire, ni même de paix de compromis.

Diapo 21

 

        En 1945, l'Allemagne est discréditée comme jamais une grande puissance ne l'a été, mise en tutelle par les vainqueurs, ses dirigeants suicidés ou trainés devant un tribunal international.

 

 

 

4-Une Allemagne normalisée ?   

 

La Guerre froide : une normalisation en trompe l'œil

          De 1945 à 1989, la politique allemande ne pose guère de problème au monde, puisqu'elle n'a plus d'autonomie.        

        A la fin de la guerre mondiale les vainqueurs, tant Américains que Soviétiques, avaient très sérieusement envisagé de "ruraliser" le vaincu et de lui enlever toute puissance. Mais l'Allemagne est rapidement sauvée par la Guerre froide. Pour chacune des deux superpuissances sa partie d'Allemagne devient une alliée à protéger. Dès 1955, RFA et RDA sont réarmées et entrent, l'une dans le Pacte atlantique, l'autre dans le Pacte de Varsovie.

        Il n'y a pourtant pas de politique  allemande autonome. Cela va de soi pour la RDA. Quant à la RFA, elle accepte de bon gré de rester sous la protection, et donc la dépendance des Etats-Unis. Cette option limite considérablement la portée du rapprochement franco-allemand voulu par de Gaulle et Adenauer. Pour de Gaulle, c'était l'embryon d'une puissance européenne autonome.  Mais le Bundestag n'accepte de ratifier le traité d'amitié franco-allemand de 1963 qu'en lui rajoutant un préambule qui le vide d'une bonne partie de son contenu. 

Voir texte du préambule : cliquer ici

 

        Il y a pourtant un domaine qui échappe à cette mise en tutelle : les relations entre les deux Allemagnes. A partir de 1970, profitant du climat de détente Est - Ouest, le chancelier Willy Brandt inaugure l'Ostpolitik, ou politique vers l'Est. Les deux Allemagnes se rapprochent, chacune restant évidemment dans son camp, mais  refusant d'entériner une division définitive qui est pourtant la doctrine officielle du camp socialiste. Par le traité de 1971, si les deux états se reconnaissent, ils échangent, non pas des ambassadeurs, mais des "représentants permanents".

 

 

La réunification allemande : le retour des vieilles questions

        En 1990 le traité "2 + 4" réunifie l'Allemagne et lui rend sa totale souveraineté. Il est, comme le traité de 1919, plein de précautions : non, l'Allemagne de réclamera jamais aucun territoire - non, elle ne fera jamais la guerre - non, elle n'aura jamais d'armes nucléaires ou chimiques ...

Voir texte du traité

 

    Tout ceci était sans doute nécessaire, mais ne règle pas toute la question. Le temps des panzer déferlant sur la Pologne et la France est définitivement révolu. Mais l'Allemagne réunifiée, par son poids démographique -même déclinant - par sa situation au cœur d'une Europe elle-même réunifiée, par sa supériorité économique, se retrouve de fait dans une position hégémonique.

 

    Cette hégémonie économique de l'Allemagne a des raisons structurelles, historiques, géopolitiques, culturelles :

- l'ancienneté et la force des industries allemandes, en particulier dans le secteur des industries d'équipement (machines-outils) aujourd'hui très exportateur.

- la position dominante acquise par les industries allemandes dans les ex-pays socialistes d'Europe de l'Est.

- Quant aux réformes du marché du travail faites par le chancelier Schroeder, leurs effets sont discutés, mais il est peu sérieux d'y voir la cause principale de la prospérité allemande. Voir diapo 22

 

        L'Allemagne est donc dans une position dominante. Que compte-t-elle en faire ? On  ne sent aucune volonté d'hégémonie politique. Mais l'Allemagne, sûre de son modèle économique, se verrait bien en mentor de l'Europe, lui montrant le chemin de l'adaptation à la mondialisation selon des critères qu'elle aurait elle-même fixés.

        On sait que ce chemin est loin de faire l'unanimité en Europe. Dès lors trois options s'offrent à l'Allemagne.

 

L'Allemagne dominante, imposant ses choix non par la force des armes, mais par le simple fait qu'elle est la seule à pouvoir payer. Or toute l'histoire du vieux continent montre qu'aucune grande puissance n'a pu de façon durable y installer son hégémonie. L'Europe a trop de "grandes nations" pour que l'une puisse dominer. Ce qui menacerait alors ne serait pas une explosion guerrière, mais la dissolution de l'Union européenne.

 

L'Allemagne seule, avec la tentation de devenir une grande Suisse.  Tentation qui n'est certes pas majoritaire, mais qui existe aujourd'hui. Le problème est que l'Allemagne, si prospère soit elle - pour le moment ... - n'a aucune chance de peser d'un poids significatif à l'échelle mondiale, face aux géants d'aujourd'hui et de demain. C'est gênant si l'on considère l'ampleur des enjeux planétaires et des décisions à prendre ...

 

L'Allemagne dans l'Europe, parce qu'elle est une part essentielle de l'Europe, à tous points de vue, mais elle n'est pas toute l'Europe. Elle doit passer avec ses partenaires les compromis nécessaires pour bâtir un projet européen, qui sera porteur, dans l'espace mondialisé, des valeurs qui sont essentielles pour les Européens. Evidemment on se dit qu'on préfère cette option là, pour l'Allemagne et pour l'Europe. Autre chose est de la réaliser, car il est bien évident qu'elle ne peut se faire qu'autour d'un projet européen.   Où est-il aujourd'hui ? Où sont les hommes (et  femmes) d'état capables de le porter ? On ne sait guère, mais rien n'interdit d'espérer ...

 

 

 

 

 

 

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Diapo 14

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diapo 15

 

 

 

 

 

 

 

 

Diapo 16
Diapo 17

 

 

 

 

 

 

 

Diapo 18

 

 

 

 

 

Cartographie animée :

La France et l'Allemagne aux XVII° - XVIII° siècles

Temps de lecture :  8 mn 30 s.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Evolution du projet impérial

Cartographie animée

 

 

 

Diapo 19

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux visions différentes du différend franco-allemand

Pour écouter le commentaire, cliquer sur l'image (lecture : 2 mn)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'unification de l'Allemagne par la Prusse - Cartographie animée

Lecture : 15 mn

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diapo 20

 

 

 

 

 

 

Diapo 20 bis

 

 

 

 

 

Le plan Schlieffen - Cartographie animée

Lecture : 9 mn

 

L'engrenage de l'été 1914 - Cartographie animée

Lecture : 1 mn 20 s

 

 

 

 

Le "Programme de septembre" (1914) du chancelier Bethmann-Hollweg

Cartographie animée

Lecture : 6 mn 30 s.

 

 

 

 

 

 

 

1939 - 1945 : Hitler avait-il une stratégie mondiale ?

Cartographie animée

Lecture : 20 mn

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diapo 21

Voir la présentation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1949 - 1990 : un Allemagne divisée au cœur d'une Europe divisée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Traité 2 + 4 : texte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après 1990 : une Allemagne réunifiée au cœur d'une Europe réunifiée

 

 

 

 

Diapo 22