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"Indochine"

Histoire et pertinence d'un mot

 

 

Conrad Malte-Brun (1775 - 1826) est un géographe danois, adopté par la France de la Révolution. Il ne faut pas le confondre avec son fils, Victor-Adolphe Malte-Brun (1826 - 1889), également géographe, et cité à plusieurs reprises dans les romans de Jules Verne.

 

Mais c'est bien au père, Conrad, que l'on doit les néologismes Indochine et Océanie.

 

Notre homme est né au Danemark sous le nom de  Malthe-Conrad Bruun, dans une famille d'officiers et de fonctionnaires du royaume. Il a fait d'excellentes études et parle les principales langues européennes. Enthousiasmé par la Révolution française, ses articles en faveur de la liberté de la presse l'obligent à s'exiler. On le retrouve en Suède, à Hambourg, et enfin en France en 1800, au lendemain du coup d'état de Bonaparte. Il a d'abord vu dans cet évènement un triomphe de la Révolution. Lorsqu'il comprend qu'une dictature est en train de s'installer, il écrit contre le nouveau régime des articles hostiles. Bonaparte, qui ne plaisante pas avec les "idéologues" (c'est ainsi qu'on appelait les intellectuels) le réduit au silence. Il reste cependant en France, et sous le nom de Conrad Malte-Brun se consacre uniquement à la géographie.  

 

La géographie se fixait alors comme tâche ce qui correspond à son nom : la description de la Terre, une Terre qu'on connaissait encore très peu. Malte-Brun n'est pas un géographe de terrain. il n' a jamais visité les continents qu'il décrit. Mais sa vaste érudition et sa bonne maîtrise des langues lui permettent de consulter toute la documentation disponible. Il commence en 1810 la publication d'une Géographie universelle qui est la première du genre, la première à proposer un description complète de la Terre.

 

C'est dans ce travail qu'il s'interroge sur la nature de la péninsule qui s'étend à l'est de l'Inde et au sud de la Chine :

"Cette région ne porte aucun nom généralement reconnu. (...) Plusieurs géographes l'ont nommée Inde extérieure (...) Mais comme ces pays ont été quelquefois soumis à l'empire de Chine, et comme la plupart des peuples qui les habitent ressemblent beaucoup aux Chinois, soit par la physionomie, la taille et le teint, soit par les mœurs, la religion et le langage, nous avons proposé, il y a plusieurs années, de désigner cette grande région du globe sous le nom nouveau, mais clair et expressif, d'Indo-Chine."

Géographie universelle, tome V, page 341 (voir ci-contre)

Il y a là l'intuition géniale que l'originalité profonde de la région découle de la double influence de l'Inde et de la Chine. Malte-Brun, nous le savons aujourd'hui, avait bien saisi l'essentiel, et le néologisme Indo-Chine, vite devenu Indochine, devait rester dans le vocabulaire de la géographie.

 

Cependant à la fin du XIX° siècle, le nom Indochine est étroitement associé à la colonisation française. Indochine apparait alors comme une abréviation de Indochine  française, c'est à dire le Vietnam, le Laos et le Cambodge. On trouve parfois Indochine anglaise pour parler de la Birmanie.

 

L'association à la colonisation fait apparaitre le terme comme un peu désuet lorsque, dans le deuxième moitié du XX° siècle, cette page de l'histoire est tournée.  On peut cependant retenir le sens premier, Indo - Chine, parce qu'il est pertinent. Il s'agit d'un monde d'entre l'Inde et la Chine, profondément marqué par l'influence d 'une et de l'autre.