III

 

La révolution haussmannienne

Temps de lecture de la 3° partie : 18 mn

 

 

1-Pourquoi une révolution ?  Page 40

 

Le terme de "révolution" est justifié, dans la mesure où l'action d'Haussmann (préfet de la Seine de 1853 à 1870) a transformé Paris de façon très profonde et très durable. Le visage de Paris aujourd'hui, c'est, en gros, celui que nous a laissé Haussmann. Mais pourquoi une révolution était-elle nécessaire ?

 

 

Une ville inadaptée    Page 41

 

Paris a connu une importante croissance de sa population : 200.000 habitants à la fin du Moyen-âge, 600.000 au moment de la Révolution française, 1 million au milieu du XIX° siècle.

Or les grands axes sont restés les mêmes qu'au Moyen-âge :

- Axe nord-sud : rue Saint Martin, rue saint Jacques.

- Axe est-ouest : rue Saint Antoine, rue Saint Honoré.

Les difficultés de transport sont telles qu'il est impossible de développer une activité économique loin du centre. Le centre est de plus en plus saturé.

 

 

Une ville insalubre  Page 42

 

La ville manque d'air et d'eau. Le meilleur symbole de son insalubrité, c'est la carence du système d'égouts. On  a commencé à construire des égouts voutés et souterrains dès le XIV° siècle. Mais au milieu du XIX° siècle le réseau ne dépasse pas une cinquantaine de kilomètres ! L'essentiel des eaux usées est rejeté dans les rues et s'écoule jusqu'à la Seine.

 

 

Une ville dangereuse  Pages 43   et  page 44

 

Dangereuse pour ses habitants, par son insalubrité ... mais aussi dangereuse pour le pouvoir politique. Depuis Etienne Marcel (XIV° siècle), on connaît la capacité de la ville à s'enflammer, et à tourner sa colère contre le pouvoir. Au tournant du XVIII° - XIX° siècle, travaillée par les idées nouvelles et les bouleversements de la société, la ville apparaît  encore plus dangereuse : révolutions en 1789, 1792, 1830, 1848 .... sans compter les émeutes et les complots qui ont échoué.  

 

Les évènements de 1832, immortalisés par Victor Hugo dans Les Misérables, symbolisent les crises de Paris. En mars-avril, une épidémie de choléra se propage dans cette ville insalubre : 20.000 morts en deux mois, dont le premier ministre Casimir-Périer. En juin, une manifestation républicaine tourne à l'émeute. Plusieurs centaines de jeunes gens se retranchent rue Saint Denis. La garde nationale les déloge au prix de deux jours de combats et de 800 morts.     

 

 

Une ville jamais transformée globalement  Page 45 et page 46

 

Bien sûr la ville n'a pas attendu Haussmann pour commencer sa modernisation. Mais jusqu'en 1850 les modifications n'ont été que partielles ou périphériques.

Le rue de Rivoli (à partir de 1806) et la rue Rambuteau (1838) sont des voies modernes, mais qui ne traversent pas la ville.

 

A la périphérie, les anciennes enceintes, lorsqu'elles disparaissent, se transforment en larges boulevards. Aux XVII° et XVIII° siècles, des avenues rectilignes sont tracées dans le prolongement des nouveaux bâtiments royaux : les Invalides, l'Ecole militaire, le Louvre... 

 

Au XVIII° siècles des lotissements modernes avec plans géométriques apparaissent à la périphérie de la ville : les Batignolles, Beaugrenelle, la plaine Monceau. Mais nous sommes bien à la périphérie : le centre de Paris n'est pas transformé.

 

 

2-L'action d'Haussman

 

 

Un choix définitif : la ville fermée    Page 47

 

Georges Eugène Haussmann, nommé préfet de la Seine en 1853, a été l'exécutant fidèle et efficace des choix faits par Napoléon III. L'empereur est soucieux du prestige de sa capitale, sincèrement pénétré d'idées, certes pas socialistes, mais sociales, et très marqué par l'exemple de Londres, métropole moderne qu'il a bien connu lors de son exil. Pour la première fois, c'est un plan global qui est envisagé pour la ville.

 

Deux options s'offraient   Page 48  :

 

- Concevoir une métropole moderne, très au delà de l'enceinte de Thiers, qui déjà ne contenait plus l'ensemble de l'agglomération. Dans ce cas le cœur historique ne serait pas forcément bouleversé, et l'enceinte de Thiers ne serait plus une limite. C'est le choix fait quelques années plus tard pour la modernisation de Barcelone (plan Cerda).

 

- Respecter l'enceinte de Thiers comme limite, et construire à l'intérieur une ville profondément nouvelle.

 

Napoléon III n'a jamais sérieusement envisagé la première option. La deuxième option, réalisée par Haussmann, a certes fait de Paris l'une des plus belles villes du monde. Mais elle n'a pas anticipé la transformation de la ville en agglomération. Elle a laissé, jusqu'à aujourd'hui, une coupure unique au monde entre le cœur historique de la ville et sa banlieue.

 

En 1860, une loi fixe à l'enceinte de Thiers la limite administrative de Paris. Elle n'a pratiquement pas bougé jusqu'à nos jours. 

 

 

Les grandes percées       Pages 49 et 50

 

A partir des années 1850, Paris est bouleversé par des travaux d'une ampleur sans précédent. La ville est éventrée par la percée de larges boulevards. 20.000 immeubles sont détruits, 40.000 construits.

Pourtant en 1870, lorsque l'empire s'écroule, les travaux sont moins d'être terminés. Il revient à la III° république de les achever. Ce qui est fait, en gros, vers 1900.

 

 

L'immeuble haussmannien    Page 51

 

L'avenue haussmannienne se caractérise par l'absence de monotonie. Les immeubles ne sont pas identiques. Mais il y a une unité de style, les façades respectant un certain nombre de règles simples : pierre de taille, nombre d'étages, combles inclinés, alignement des balcons.

Aujourd'hui plus de la moitié des façades de Paris ont haussmanniennes. Mais à l'intérieur des blocs d'Haussmann le vieux Paris est préservé. Le Paris d'aujourd'hui, qui a finalement peu changé depuis 1914, se caractérise par la combinaison de façades haussmanniennes (celles-ci majoritaires),  pré-haussmanniennes et post-haussmanniennes.   

 

Une transformation globale    Page 52

 

Les travaux de l'époque d'Haussmann ne se limitent pas aux grandes percées. Il s'agit d'une transformation globale de la ville. On luit doit les Halles de Baltard (hélas disparues), un réseau complet d'égouts, l'opéra Garnier, le Cirque d'hiver, l'achèvement du Louvre, la reconstruction des gares, deux synagogues, un temple réformé et une vingtaine d'églises ... 

 

 

3-Le Paris de la "Belle Epoque" 

 

 

Le symbole d'un redressement   Page 53

 

Vaincue en 1870, la France ne peut plus prétendre être la première puissance d'Europe. Mais Paris reste incontestablement la ville la plus prestigieuse d'Europe, le centre des arts, de la culture et de la vie mondaine. L'achèvement de la rénovation de la ville participe au redressement de la France. Le prestige de Paris est à son apogée lors de la Belle Epoque, avec deux temps forts, les expositions universelles de 1889 et 1900.

 

L'avenue haussmannienne est  achevée, avec des immeubles dont le style évolue : "1900",  "art nouveau".

 

L'exposition de 1889   Page 54

 

Organisée pour le centenaire de la Révolution, l'exposition symbolise le redressement de la France et son passage à la République. Elle laisse le monument le plus célèbre de Paris : la tour Eiffel. Par contre les autres constructions de l'exposition ont presque toutes disparues.   

 

L'exposition de 1900   Page 55

 

Que l'exposition du nouveau siècle soit organisée à Paris dit assez le prestige de la ville. L'exposition, dont le succès est énorme (50 millions de visiteurs !) laisse de nombreuses réalisations : le pont Alexandre III (premier pont métallique de Paris) le Grand et le Petit Palais, la gare d'Orsay ... mais aussi et surtout le métropolitain.

 

Les premières lignes du métro de Paris sont inaugurées pour l'exposition de 1900. Dès 1914 existe un véritable réseau. Il correspond bien à la ville haussmannienne : de longues traversées de tout Paris, sous les avenues (sauf le long de l'ancienne enceinte des Fermiers généraux, où les lignes sont en partie aériennes).

Mais le métro contribue aussi à la fermeture de la ville : le réseau n'est pas relié aux trains de banlieue, il ne franchit nulle part l'enceinte de Thiers, et n'aura pas de prolongement en banlieue avant les années 1930.

 

 

 

Depuis 1914 : où en sommes-nous ?

 

Paris a très peu changé depuis 1914. On a évidemment détruit et construit depuis, mais l'allure générale de la ville n'a pas été modifiée. Pourtant l'histoire ne s'arrête pas en 1914. Mais c'est une autre histoire qu'il faudrait raconter : celle de l'explosion d'une agglomération, dans laquelle la ville de Paris ne représente plus que 20 % de la population de l'ensemble.

 

Que cette "petite" ville continue de symboliser toute l'agglomération n'est pas le moindre des paradoxes. C'est ce paradoxe qu'il faut affronter aujourd'hui à l'heure des débats sur le "Grand Paris".     

 

 

 

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Page 40

"Révolution haussmannienne"

 

 

 

 

Page 41

Une ville inadaptée

 

 

 

 

 

 

 

Page 42 - Une ville insalubre

Pages 43 et 44 - Une ville dangereuse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pages 45 et 46 - Avant Haussmann :

des transformations périphériques

Page 48 - Quelles limites pour Paris ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 49 et 50 - Les grandes percées

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 51 - L'immeuble haussmannien

 

 

 

 

 

 

Page 52 - Une transformation globale

 

 

 

 

 

 

Page 53 - Le symbole d'un redressement

 

 

 

 

 

Page 54 - L'exposition de 1889

 

 

 

 

 

 

Page 55 - L'exposition de 1900