Benoist-Méchin en 1978

Albin Michel, 1984

Jacques Benoist-Méchin en 1942

Jacques Benoit-Méchin (1901 - 1983) est un brillant intellectuel français, germanophile et admirateur d'Hitler. Convaincu que le salut de l'Europe repose sur une alliance entre l'Allemagne et la France, il participe avec enthousiasme à la politique de collaboration de Vichy. En février 1941, il est secrétaire général dans le gouvernement Darlan.

L'affaire de Syrie commence commence en avril 1941 avec la révolte irakienne contre les Anglais. Les Allemands ont besoin des aérodromes français de Syrie pour ravitailler les insurgés irakiens. Benoist-Méchin y voit une occasion formidable de proposer à l'Allemagne une collaboration active. Plein d'espoir, il accompagne l'amiral Darlan à Berchtesgaden pour rencontrer Hitler. Il lui faut vite déchanter : Hitler veut traiter la France vaincue comme une vassale soumise, pas comme une alliée.

Voici la conclusion de l'entretien rapportée par Benoist-Méchin dans ses souvenirs, rédigés en 1944, mais publiés seulement en  1984.

 « Vous avez bien compris ma pensée ? dit Hitler en soulignant chaque mot. L’Allemagne et ses alliés gagneront cette guerre. C’est un fait indiscutable. La France ne saurait en aucun cas modifier l’issue du conflit. Je n’ai pas besoin d’elle pour vaincre. Mais la France peut, si elle est compréhensive, m’aider à raccourcir la durée de la guerre. Voilà l’aide que j’attends d’elle. Pour chaque acte positif qu’elle accomplira dans ce sens, je lui accorderai une concession équivalente. Pour une grande chose, je donnerai une grande chose. Pour une petite, une petite. – « Si je comprends bien, dit l’Amiral [Darlan], ce sera “donnant-donnant” ? – « Exactement. Ce n’est pas un marchandage ; c’est une précaution indispensable. La politique franco-allemande est, avant tout, une question de confiance. C’est à vous de la mériter. »

Benoist-Méchin repart de Berchtesgaden en remuant de sombres pensées : son racisme associant Français et Allemands dans une "race blanche" supérieure n'a rien à voir avec la pensée d'Hitler.

"J’avais cru, jusqu’à ce jour que, [Hitler] jailli des flancs de la race aryenne, c’était son salut qui le hantait, sans distinction de nationalité ni de frontières, et que son énergie surhumaine était la condensation, dans une seule tête, de la volonté farouche de ne pas mourir, encore latente au tréfonds de la race blanche. Or, je venais de trouver Hitler uniquement préoccupé du triomphe allemand et nullement hanté par une idée universelle. C'était grave ..."

Après avoir songé à démissionner du gouvernement Darlan, Benoist - Méchin finit par tirer une tout autre conclusion : puisqu'Hitler ne veut pas reconnaitre le gouvernement de Vichy comme un allié à part entière, il faut le lui imposer en collaborant en position de force, et donc en luttant encore plus énergiquement contre les Anglais et les gaullistes ...

"Il fallait tendre la main au révolutionnaire chez Hitler, et lui proposer hardiment une alliance militaire. Avec notre flotte, notre Empire et notre armée d’Afrique, nous avions encore assez de poids pour représenter, à ses yeux, un facteur positif. Il fallait revendiquer hautement une place dans le déroulement de la guerre, afin d’en obtenir une dans la conclusion de la paix. (...)

Ah ! je le voyais à présent, ce n’était pas seulement pour sauver la France, c’était pour sauver l’Europe et l’empêcher de glisser tout entière à l’abîme, qu’il fallait forcer la décision et me cramponner plus obstinément que jamais à la ligne que je m’étais tracée. Nul n’avait le droit de dire que cette politique était impossible, aussi longtemps que personne ne l’avait suivie jusqu’au bout. Démissionner en ce moment eût été une lâcheté."

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Arrêté en septembre 1944, condamné à mort par la Haute Cour de Justice, Benoist-Méchin est gracié par le président Auriol. Il sort de prison en novembre 1954.

Reprenant son activité de journaliste et d'écrivain, il a publié de nombreux livres d'histoire, en général d'excellente qualité.

Il est mort en 1983.

 

 

 



 

 

 

Mais qu'allions nous faire en Syrie ? 

Jacques Benoist-Méchin raconte la négociation avec Hitler