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Carte 1 : agrandir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carte 2 : agrandir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carte 4 : agrandir

 

 

 

 

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Tableau 7 : agrandir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Cartes 9 : agrandir

 

 

 

 

 

 

 

 

Document 10 : agrandir

 

 

 

 

 

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Document 12

Les origines du chiisme : cliquer ici

 

 

 

 

 

Catre 13

Les communautés en Syrie : agrandir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'évolution géopolitique du Moyen-Orient, de l'empire ottoman aux conflits actuels, est présentée aussi  dans une cartographie animée.

Temps de lecture : 23 mn

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Document 14 : voir ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carte 15 : le rôle historique de l'empire ottoman

Cartographie animée - Temps de lecture : 17 mn

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Carte 16 : l'effacement de l'ordre ottoman

Cartographie animée - Temps de lecture : 5 mn

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Document 17 : cliquer ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cartographie animée 18 - Lecture : 2 mn -Cliquer ici

Les promesses anglaises durant la guerre

 

 

 

 

 

 

 

Carte 19 :

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La déclaration Balfour - Cartographie animée. Temps de lecture : 15 mn

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Sir James Balfour

 

 

Carte 21

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Document 22

2014 : l'Etat islamique brise la frontière Sykes - Picot

Photo et vidéo : cliquer ici

 

 

 

 

 

 

 

 

Document 23

Discours du représentant britannique à l'ONU (1947)

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Document 24

La crise de Suez et l'effacement franco-britannique

Cartographie animée - Temps de lecture : 5 mn

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Carte 25

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Carte 26 : cliquer ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carte 27

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Cette dernière partie  est illustrée par la cartographie animée "Evolution géopolitique du Moyen-Orient"

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Cartographie animée résumant l'évolution politique

du Moyen-Orient depuis la Première Guerre mondiale

Temps de lecture : 23 mn

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Moyen-Orient

Géopolitique du chaos

 

Longtemps on a considéré les guerres du Moyen-Orient uniquement à travers le prisme du conflit israélo-arabe. Aujourd'hui c'est toute la région qui est emportée dans un chaos dont nul ne peut prévoir l'issue, et qui fait presque apparaitre comme secondaire le sort de la Palestine.

 

Pour tenter de trouver quelque chose d'intelligible à ce chaos, on se propose ici de suivre deux pistes.

 

I - Héritages

La région est marquée par l'ancienneté et la complexité des héritages historiques qui l'ont formée. Aucune compréhension du Moyen-Orient n'est possible sans la prise en compte de ces facteurs.

 

II - Turbulences 

Comme toute région, le Moyen-Orient a besoin d'être structuré par un certain ordre géopolitique. Lorsqu'on passe d'un ordre géopolitique à un autre, complètement différent, cela s'accompagne forcément de turbulences. C'est l'un de ces passages que vit aujourd'hui, dans la douleur, le Moyen-Orient.

 

 

I

Héritages

 

 

1-Délimitation de la région

 

Les débats sur la distinction entre "Proche-Orient" et "Moyen-Orient" n'ont pas grand intérêt. On doit surtout retenir la position intermédiaire du Moyen-Orient, entre un extrême - orient au sens très large (Inde, Chine ...), et un occident européen. La région est essentiellement délimitée par des mers : mer Méditerranée, mer Noire, mer Caspienne, océan Indien avec ses deux annexes : golfe Persique et mer Rouge.

Voir carte 1

 

De même il est vain de donner au Moyen-Orient des limites précises et figées : il a des marges qui, selon les périodes historiques, participent ou non à sa vie.

Exemples :

- A l'est, l'Afghanistan appartient à un autre monde, mais il est aujourd'hui, à travers la question de l'islamisme, étroitement lié au Moyen-Orient.

- A l'ouest, les Balkans nous apparaissent aujourd'hui comme "européens" plus qu'"orientaux". Mais pendant des siècles ils n'ont formé qu'un seul monde avec l'Asie mineure.

Voir carte 2

 

 

2-Fondamentaux géohistoriques

 

Une région intermédiaire

Par sa position intermédiaire le Moyen-Orient a toujours été, plus que d'autres, une région de passage :

-Passage des grandes routes

Terrestres : - La route de la soie, de la Chine à la Méditerranée - La route des caravanes à travers la péninsule arabique.

Maritimes : - D'Est en Ouest, de l'océan Indien à la Méditerranée - Du nord au sud, de la mer Noire à la Méditerranée.

Voir carte 3

 

-Passages des invasions

Elles ont parcouru toute l'Eurasie. Mais le Moyen-Orient, par sa position intermédiaire, y a été davantage exposé. C'est la seule région a avoir vu s'installer des civilisations aux origines aussi diverses : sémitiques, indo-européennes, altaïques ...

Voir carte 4

 

Le désert, le croissant fertile, la montagne

 

Le Moyen-Orient s'étend relativement au sud, en gros entre le 40° parallèle (la latitude de Madrid) et le 15° parallèle, dans la zone intertropicale.

 

Il est composé de trois ensembles bien différenciés :

- Le désert.

- Le croissant fertile (Mésopotamie, côte méditerranéenne, vallée du Nil).

- Les montagnes : plateau iranien, arménien, anatolien, montagnes de l'Arabie heureuse.

Voir carte 5.

 

La richesse pétrolière

 

Le pétrole est connu depuis l'antiquité romaine, qui lui a donné son nom (petra oleum : huile de pierre). Mais il ne joue de rôle qu'à partir du XX° siècle, lorsqu'il est devenu l'énergie de la seconde révolution industrielle.

Les gisements sont concentrés, pour l'essentiel, dans un couloir qui va du golfe Persique à la mer Caspienne.

Voir carte 6

 

 

3-Ancienneté des héritages

 

Le Moyen-Orient est le plus ancien berceau de la civilisation humaine. Homo sapiens y est apparu il y a 120.000 ans ( ... il y a 70.000 ans "seulement" en Chine, ces dates étant bien entendu approximatives).

Surtout, c'est au Moyen-Orient qu'apparaissent d'abord les grandes innovations qui sont à la base de toutes les civilisations humaines :

- L'agriculture : orge et blé, en Mésopotamie et en Egypte, environ 11.000 ans avant notre ère.

- L'élevage au même endroit et un peu plus tard : mouton, chèvre, porc, bœuf ...

- A peu près au même moment, la sédentarisation, le village, la ville, puis l'état. Il semble que l'Egypte soit le premier lieu où une organisation politique ait dépassé le cadre de la ville, au III° millénaire avant notre ère.

- La métallurgie, entre le VII° et le IV° millénaire avant notre ère.

- L'écriture au IV° millénaire : les hiéroglyphes en Egypte, l'écriture dite "cunéiforme" à Sumer, en Mésopotamie. 

- Le monothéisme, avec la tentative avortée du pharaon Akhenaton vers 1300 avant notre ère ... et celle réussie du judaïsme (à peu près à la même époque), avec la postérité que l'on sait.

- La démocratie à Athènes, entre le VI° et le V° siècle avant notre ère ... si l'on veut bien se rappeler que la coupure Europe - Asie n'avait alors pas de sens.

Voir tableau 7

 

 

4- Complexité et diversité des héritages

 

L’essentiel : le modèle de l’état-nation, qui a fini par triompher en Europe, n’a jamais existé au MO, au moins jusqu’à la 1° guerre mondiale. On a toujours eu mélange, sur les mêmes territoires, de populations héritières de traditions culturelles et religieuses extrêmement diverses.

 

Diversité des peuples

 

Trois grandes familles de peuples : sémitiques, indo-européens ; altaïques. Ce sont trois familles linguistiques, mais il ya aussi derrière une culture.

NB : ce n’est pas parce que le nazisme en a fait une utilisation criminelle que ça n’existe pas. Essentiel aujourd’hui pour comprendre la différence entre Arabes, Iraniens et Turcs.

 

Sémitiques : les occupants les plus anciens.

Parmi eux : Babyloniens, Egyptiens, Phéniciens, Assyriens, Hébreux, Arabes (… qui jusqu’à Mahomet ne jouent qu’un rôle très modeste).

Voir carte 8

 

Indo-européens : migrations à partir de – 2.000 environ

Parmi eux : Mèdes, Perses, Arméniens, Hellènes

(Mèdes et Perses sont les ancêtres des Iraniens, les Kurdes se veulent et se disent les descendants des Mèdes).

Parmi eux aussi des peuples sans descendance identifiée. Ex : les Hittites, qui contrôlent la plus grande partie de l’Anatolie vers – 1300. Ensuite ils tombent sous la domination des Assyriens, et vers – 700 ils ont complètement disparu en tant que peuple distinct.

Voir carte 8 

 

Altaïques : peuples originaires d’Asie centrale et orientale. Soient invasions brutales, qui ne laissent pas forcément de traces (les Mongols).

Soit lente migration et installation : les Turcs. Eventuellement mélange : l’empire seldjoukide est un mélange de Turcs et d’Iraniens.

Voir carte 8

 

Concrètement : succession d’empires. On remarquera :

-Leurs origines très diverses. 

-Le fait qu'ils débordent du Moyen-Orient, et lui apportent des influences extérieures.

-Leurs dimensions très vastes : ils doivent bien s'accommoder de la diversité des populations, et ils ne la suppriment absolument pas.

Dans toutes ces constructions politiques qui se sont succédées, aucune n'évoque l'état-nation tel qu'il s'est développé en Europe.

Voir cartes 9

 

 

Une exceptionnelle diversité religieuse

 

Contrairement à ce qui s'est passé en Europe, les religions prébibliques n'ont pas disparu au Moyen-Orient. Citons :

- Les zoroastriens, surtout en Iran.

- Les yézidis, surtout en Irak

Voir document 10

 

Les juifs sont aujourd'hui concentrés presque uniquement en Israël. c'est historiquement une situation nouvelle, qui est une conséquence du conflit israélo-arabe.

 

Les chrétiens sont divisés en une multitude de communautés : orthodoxes, arméniens, chaldéens, nestoriens, coptes, maronites, syriaques, etc …

L'origine de ces divisions renvoie à des débats très anciens et aujourd'hui incompréhensibles, en particulier sur la double nature (humaine et divine ) du Christ.

Bien comprendre que :

- Ces débats ont constitué des enjeux de pouvoir : dans des sociétés profondément religieuses, détenir la vérité religieuse était le monopole du pouvoir. Affirmer une autre vérité était prétendre au pouvoir.

- Ces différences religieuses sont vite devenues des marqueurs communautaires, dans de sociétés complètement organisées sur la base de communautés différentes.

Voir document 11

 

Les musulmans, largement majoritaires, sont eux mêmes divisés en une infinité de communautés.

La principale division est celle entre sunnites et chiites. Son origine (une querelle de famille vieille de treize siècles parmi les successeurs du prophète) est tout aussi obscure que les débats entre les premières églises chrétiennes. Son importance s'explique de la même façon : enjeux de pouvoir et marqueurs communautaires.

On retiendra surtout que le chiisme :

- apparait souvent comme la religion des opprimés, des défavorisés, des persécutés ... Lorsqu'il y avait au moyen Orient un mouvement communiste, c'est surtout parmi les chiites qu'il recrutait.

- qu'il est aussi la religion officielle, donc un important marqueur identitaire, d'une des principales puissances régionales, l'Iran.

Voir document 12

 

Retenir aussi qu'il y a, dérivé du chiisme, d'autres religions, dont l'appartenance à l'islam est sujette à débat : alaouites, alévis, ismaéliens, druzes, etc ...

 

 

Le résultat de tout cela est une exceptionnelle complexité de la carte de la plupart des états, lorsqu'on prend en compte l'appartenance communautaire.

Voir carte 13

 

 

 

 

 

 

II - Turbulences

 

 

Préambule : quelques remarques  sur la notion de déstabilisation 

 

Trois remarques :

 

1) On a une situation géopolitique stable lorsqu’aucun des acteurs(*) ne peut sérieusement envisager, dans un avenir prévisible, un changement essentiel de sa situation. 

(*) Acteurs : on entend par là les états, les empires … mais aussi les peuples, les communautés, religieuses ou autres, les classes sociales, etc …

Si l'avenir est incertain, les acteurs menacés d'un déclassement de leur situation régiront. Les acteurs qui croient à une amélioration sensible de leur situation saisiront l'opportunité.

 

2) Aucun ordre géopolitique, aussi stable soit-il, n'est éternel. "Tout empire périra" : c'est le titre du livre testament écrit à la fin de sa vie par Jean-Baptiste Duroselle, le grand spécialiste des relations internationales. "Tout empire survivra" sont tentés de lui répondre certains.

Voir document 14

Les deux sont vrais. Aucun  empire n'est éternel. Mais un empire qui a joué un rôle historique important ne disparait pas sans laisser des traces profondes et très durables.

 

3) Le passage d'un ordre géopolitique à un autre se fait toujours dans les turbulences, souvent très fortes. Ces turbulences font parfois regretter l'ordre ancien, que l'on a tendance à mythifier, à voir comme un âge d'or perdu. Il n'y a évidemment aucun âge d'or passé à regretter, pas plus qu'il n'y a d'âge d'or futur à attendre.

Pour comprendre les turbulences du présent, la lucidité et le réalisme valent mieux que la nostalgie. Cela n'a rien à voir avec le cynisme. Le cynisme est le produit de la résignation, non de la lucidité. La lucidité n'a jamais empêché personne d'avoir des principes et de les défendre, de défendre en particulier les politiques qui respectent la dignité humaine.

 

Revenons au Moyen-Orient; on a vu s'y succéder dans les siècles précédents trois ordres géopolitiques :

 

1 - L'ordre ottoman, du XV° - XVI° siècle à la Première Guerre mondiale.

 

2- L'ordre européen, de la Première à la Seconde Guerre mondiale.

 

3- L'ordre bipolaire, de la Seconde Guerre mondiale jusqu'au tournant de la décennie 1979 - 1989

 

1 - L'ordre ottoman,

du XV° - XVI° siècle à la Première Guerre mondiale.

 

 

Mise en place

 

Origine : la dynastie turque d’Osman à partir du XIII° siècle. Osman : 1258 – 1326.

"Ottomans" = "Osmanlis" = "Turcs d'Osman".

Au XIV° : installation dans les Balkans. 28 juin 1389 : bataille de Kosovo, victoire décisive des Ottomans sur les Serbes dans les Balkans.

 

1453 : prise de Constantinople, victoire décisive pour le sort de l’empire :

-victoire stratégique : le contrôle des détroits.

-victoire symbolique : la succession de l’empire. 

… victoire suivie d’une véritable envolée des conquêtes : au milieu du XVI° siècle l’empire contrôle toute la Méditerranée orientale.

 

 

Caractéristiques

 

L’empire a duré quatre siècles, avec une seule dynastie … il faut donc qu’il ait trouvé certains éléments de stabilité.  Il y en a trois :

 

-Il a pris la place de l’empire byzantin, beaucoup plus qu’il ne l’a détruit, et a organisé la Méditerranée orientale dans un seul ensemble politique.

 

-Il a incarné l’islam. Les migrants turcs se sont convertis à l’islam très tôt, vers le XI° siècle.  Les ottomans incarnent l’islam sunnite … au moment où la Perse adopte l’islam chiite comme religion officielle.

Les Ottomans reprennent le flambeau de l’islam après la décadence du monde arabe :

-divisions de l’  « empire arabe » en dynasties rivales, dont la dernière puissante (abbassides) a été abattue par les Mongols en 1258

-1492 : fin de la reconquête en Espagne.

-1517 : défaite de l’Egypte face aux Ottomans …  l’Egypte des mamelouks, qui ne sont pas une dynastie arabe.

Il a donné à l’islam une nouvelle période de puissance, de prospérité et de prestige, après la dislocation de la puissance arabe.

 

 

-Il a établi un mode de coexistence entre des communautés extrêmement diverses, qu’il n’a jamais été question de convertir à l’islam.

-L’empire n’est pas turc, mais ottoman.

-Le système du millet reconnait trois communautés religieuses, protégées et soumises : grecs, juifs, arméniens.

 

Voir carte 15

 

 

L'effacement de l’ordre ottoman

 

1° faiblesse : les dimensions de l'empire, jamais atteintes par aucun empire européen. Il est impossible de maintenir un contrôle réel sur toutes les marges. Ex : la Régence d’Alger, la vice-royauté d’Egypte.

 

2° faiblesse 2 : distancé par l’Europe, qui lance le train de la modernité, complètement raté par l’empire ottoman.

Conséquences :

-L’Europe devient puissance mondiale, alors que l’empire ottoman reste dans le cadre ancien (celui de Byzance).

-L’Europe acquiert la supériorité économique et militaire.

-l’Europe gagne la bataille des idées :

 

* l’idée de nationalité, qui va miner de l’intérieur l’empire ottoman.

* l’idée que l’islam n’est pas la clé de la prospérité et du bonheur des peuples : l’islam devient une religion de faibles, de pauvres, de vaincus.

 

Le lent effacement de l’ordre ottoman accompagne la lente montée en puissance de l’Europe. Il commence au XVII° siècle, et ne se termine qu'avec la Première Guerre mondiale.

 

Voir carte 16

 

 

 

2 - L'ordre européen

 

Mise en place

 

L'investissement de l'Occident européen au Moyen-Orient est ancien. Il commence avec les croisades .... qui sont finalement un échec. Les états latins d'Orient, créés lors de la première croisade (fin du XI° siècle) ont presque tous disparu à la fin du XIII° siècle.

Mais l'Occident maintient sa présence : au XVI° siècle sont signées les premières "capitulations" (traités) entre la France et l'Empire ottoman. Ces capitulations donnent à la France (puis à d'autres pays européens) un droit de protection des minorités chrétiennes de l'Empire. En 1860 a lieu la première intervention humanitaire (et militaire) de la France, pour protéger les chrétiens du Liban victimes de massacres.

Voir document 17

 

Mais l'ordre européen ne triomphe vraiment qu'à l'issue de la Première Guerre mondiale. L'Empire ottoman a commis l'erreur de s'allier à l'Allemagne. Il est vaincu en 1918 par les Alliés, et par une révolte des provinces arabes suscitée par les Alliés. Entre 1918 et 1923 se met en place un nouvel ordre, entièrement organisé par la France et l'Angleterre ... sauf pour ce qui concerne, au nord, la Turquie, au sud, la péninsule arabique.

 

 

 

Caractéristiques

 

On peut comprendre ce tordre en interrogeant les motivations de ceux qui l'ont mis en place. Dans ces motivations, il y a un étrange mélange d'impérialisme cynique et d'idéalisme naïf.

 

Impérialisme cynique

La France et l'Angleterre agissent en tant que puissances mondiales : ce sont en 1919 les deux seules vraies puissances mondiales. Ce qui les intéresse au Moyen-Orient : les routes maritimes, le pétrole, et la possibilité d'avoir sur place une présence permanente à travers la protection des minorités. La France et l'Angleterre s'efforcent de se mettre d'accord sur le partage du gâteau ... tout en étant entre elles profondément rivales.

L'Angleterre suscite en 1916 une révolte des provinces arabes contre les Turcs, et dans ce but elle promet aux princes arabes un grand royaume indépendant ... dans des termes volontairement vagues. Mais dans le même temps elle négocie avec la France le partage de la région en zones d'influence. Ce sont les fameux accords Sykes - Picot (1916). Enfin en 1917 elle fait une troisième promesse à travers la déclaration Balfour : favoriser en Palestine la création d'un "foyer national pour le peuple juif".

 

Voir carte 18 : les promesses anglaises pendant la guerre

 

Voir carte 19 : les accords Sykes - Picot

 

Voir document 20 : la déclaration Balfour

 

 

 

En 1922, par les accords de San Remo, la zone centrale du défunt Empire ottoman est partagée entre la France et l'Angleterre. Sont créés 5 états, confiés par un mandat de la SDN à la France ou à l'Angleterre.

- A la France : mandat sur le Liban et la Syrie.

- A l'Angleterre : mandat sur la Palestine, la Transjordanie et l'Irak (élargi à la zone de Mossoul, qui était à l'origine en Syrie). 

Voir carte 21  

Le but de ces mandats est de conduire les différents pays vers l'indépendance ... dans un avenir indéterminé. Le mandat précise pour la Palestine que l'Angleterre y favorisera l'installation du "foyer national juif". 

 

 

Idéalisme naïf

 

Français et Anglais pensent sincèrement que, une fois renversé le "joug ottoman", les peuples du Moyen-Orient accepteront la tutelle bienveillante des puissances européennes. Ils connaissent bien sûr l'existence de la mosaïque ethnique ... mais pourquoi y aurait-il des problèmes si l'on met fin aux persécutions religieuses ? Ils tracent sur la carte des frontières totalement artificielles, en pensant qu'elles deviendront le cadre de véritables nations.

Exemple : la frontière Irak - Syrie est le résultat d'un marchandage entre la France et l'Angleterre, la France cédant la région de Mossoul, riche en pétrole. C'est cette frontière que l'état islamique détruit le 10 juin 2014 en proclamant "Nous brisons la frontière Sykes -Picot".

Voir document 22

 

Autre exemple de cet idéalisme naïf : la déclaration Balfour. La déclaration se prononce en faveur d'un foyer national juif en Palestine, et ajoute : " ... étant entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine". Les Anglais croient évidemment que c'est possible. Mais lorsqu'en 1947 ils abandonnent le mandat sur la Palestine, leur délégué à la tribune de l'ONU reprend exactement des termes de la déclaration Balfour, et ajoute : "nous avons échoué".

Voir document 23

 

 

Au nord et au sud : deux exceptions

 

Au nord, la Turquie kémaliste échappe à la destruction programmée par l'ordre européen. Elle construit au forceps un état-nation turc :

- En éliminant la présence grecque (après une victoire militaire sur la Grèce).

- En recueillant les fruits du génocide arménien : Mustafa Kemal ne porte aucune responsabilité dans ce crime perpétré en 1915 ... mais après la guerre il se garde bien de laisser revenir les survivants du génocide.

- En niant la réalité kurde. L'empire ottoman avait utilisé les Kurdes dans le génocide arménien, auquel ils avaient très largement participé. La Turquie kémaliste décide qu'ils n'existent pas en tant que peuple, ce sont des "Turcs des montagnes".

 

 

Au sud, la péninsule arabique est unifiée par la force, par un chef de tribu plus habile et plus fort que les autres, Ibn Saoud. En 1924 il chasse de La Mecque le chérif Hussein, pourtant allié des Anglais. En 1932 il unifie toutes ses conquêtes sous le nom de royaume d'Arabie saoudite ... seul état au monde à porter le nom de son propriétaire.

Les Anglais laissent faire, essentiellement parce que la péninsule leur parait de peu d'importance :

- C'est un désert dans lequel on n'a pas encore trouvé de pétrole.

- Ibn Saoud est devenu le gardien des lieux saints de l'islam, mais cela semble à l'époque de peu d'importance politique.

- Enfin, malgré l'immensité de son royaume, Ibn Saoud ne contrôle pas les verrous de la méditerranée, Suez à l'ouest et Aden au sud

Voir carte 21

 

 

 

 

L'effacement de l'ordre européen

 

Il est très rapide, car il s'est installé tardivement, après l'apogée de la puissance européenne, que l'on peut situer en 1914. Or la Grande Guerre a porté un coup décisif à la position de l'Europe. La Deuxième Guerre mondiale va achever le transfert de la puissance réelle de l'Europe occidentale aux Etats-Unis.

 

L'indépendance de tous les états arabes du Moyen-Orient s'impose à l'occasion de la guerre mondiale.

 

En 1947, l'Angleterre reconnait son échec en Palestine et remet le sort de la Palestine entre les mains de l'ONU.

Voir document 23

 

La crise de 1956 achève de mettre à bas l'ordre européen.  La France et l'Angleterre ont cru pouvoir agir contre l'Egypte de Nasser. Elles en sont empêchées par la double opposition de l'URSS et des Etats-Unis, et doivent capituler piteusement. Elles ne joueront plus de rôle décisif au Moyen-Orient.

Voir document 24

 

 

 

3- L'ordre bipolaire

 

 

Logique mise en place

 

Sa logique est celle du "containment" : mettre en place, au Moyen-Orient comme partout, un barrage contre l'expansion du communisme.

Voir carte 25

 

Elle est très rapide, à l'occasion de la guerre mondiale et de ses conséquences :

1941 : double occupation de l'Iran par les Britanniques et les Soviétiques.

1945 : alliance stratégique entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite.

1952 : adhésion de la Grèce et de la Turquie à l'OTAN

1953 : crise iranienne : les Etats-Unis remplacent la Grande Bretagne dans le contrôle de l'Iran.

1955 : pacte de Bagdad.

1956 : crise de Suez.

Après 1967 : installation de l'alliance stratégique entre Israël et les Etats-Unis.

Voir carte 26

 

Fonctionnement

 

La caractéristique principale est un certain degré de contrôle de la situation par les Etats-Unis et par l'URSS.

 

-Il y a bipolarisation de la puissance, à travers les alliances, mais aussi bipolarisation des esprits : l'avenir est vu à travers les modèles proposes par les deux superpuissances, les alliés de l'URSS se réclament du "socialisme arabe".

 

-Dans les crises, les deux superpuissances gardent le contrôle de la situation, le meilleur exemple étant la crise de 1973.

Voir carte 27

 

 

 

 

4-Aujourd'hui ?

 

 

La gravité des turbulences actuelles s'explique par l'effondrement à peu près total, non seulement de l'ordre bipolaire, mais aussi de ce qui restait de l'ordre européen.

On revient, non pas à 1945, mais à 1918, ou plus exactement aux problèmes tels qu'ils se posaient en 1918, car il est bien entendu totalement impossible de restaurer l'ordre de 1918.

L'ordre ancien s'est effondré. Et comme la géopolitique, plus encore que la politique, a horreur du vide, il y avait de la place pour un acteur nouveau : l'islamisme.

 

Émergence d'un nouvel acteur : l'islamisme

 

L’islamisme est le courant porté par les musulmans qui voient dans l’islam, non seulement une religion, mais aussi un projet de société et un programme politique. Le slogan qui pourrait le mieux les définir est celui des Frères musulmans (organisation fondée en Egypte en 1928) : « l’islam est la solution ».

Sur cette base s’est lentement construit un mouvement multiforme, dans lequel on trouve des états, des forces politiques, des courants intellectuels, et aussi de larges secteurs des sociétés musulmanes partageant plus ou moins l’idée que « l’islam est la solution ». Un courant aussi large est forcément très diversifié. Il ne faut donc pas s’étonner d’y trouver des positions très différentes, et parfois de violents conflits.

 

L’islamisme a longtemps cheminé de façon souterraine, avant de surgir brutalement au grand jour au tournant des années 1970-80. On peut donner deux explications à cela. En premier lieu il n’est pas surprenant qu’un  héritage culturel aussi riche que  l’islam ne se soit pas dissous dans la modernité sans donner son avis sur l’avenir du monde. En second lieu, l’échec des autres projets de modernisation (unité arabe, socialisme arabe …) était patent à la fin des années 70. Il y avait place pour un nouveau porteur d’espoir. Ce fut l’islamisme.

 

La révolution iranienne (1978-79) marque l’irruption brutale de l’islamisme sur la scène mondiale. Le chah d’Iran, meilleur allié des Etats-Unis pensait pouvoir moderniser son pays, et dans son esprit ce ne pouvait être qu’une occidentalisation. Il ne voyait pas que cela heurtait profondément une société restée attachée aux valeurs traditionnelles. L’alliance avec les Etats-Unis, l’augmentation des inégalités malgré l’enrichissement global apporté par les pétrodollars, achevaient de discréditer le régime.  Toute opposition était muselée par une répression sévère.

A la fin des années 70, le chah a contre lui une opposition multiforme : démocrates, communistes, islamistes … Mais c’est le clergé musulman chiite qui prend le dessus et devient le porte-parole du mécontentement. Le symbole en est l’ayatollah Khomeiny, réfugié en France. A l’automne 1978, les manifestations sont de plus en plus violentes et font des centaines de victimes. Le régime du chah ne pourrait être sauvé que de deux façons. Par une intervention massive de l’armée …  mais elle est de plus en plus réticente. Ou par un soutien résolu des Etats-Unis … mais après le fiasco vietnamien, l’Amérique est hésitante, et peu encline à soutenir une dictature. Découragé, le chah quitte le pays avec sa famille en janvier 1979. L’ayatollah Khomeiny rentre triomphalement à Téhéran le 1° février.

 

Quelques mois plus tard, tous les courants autres que les islamistes ont été éliminés, la République islamique d’Iran est proclamée. Elle entre immédiatement en conflit avec les Etats-Unis, mais aussi avec l’URSS. Le temps du monde bipolaire est bien terminé.

 

L'islamisme a eu d'autres manifestations spectaculaires, comme l'occupation sanglante de la Grande Mosquée de La Mecque en novembre 1979. Mais surtout l'islamisme s'affirme au moment où l'ordre ancien vacille, puis s'effondre, particulièrement en son centre.

 

Le centre effondré

Le centre, c'est l'Irak et la Syrie, des frontières du monde perse jusqu'à la Méditerranée. Son effondrement a été favorisé par la disparition à peu près complète de l'ordre ancien.

 

Le pilier soviétique de l'ordre bipolaire a disparu.  Cela va de soi depuis la fin de l'URSS. Certes, la Russie a fait avec la crise syrienne un retour spectaculaire. Ici comme en Europe, elle refuse de se résigner à son effacement des années 1990. Mais la reconstitution d'un véritable camp pro-russe structurant le Moyen-Orient n'est pas à l'ordre du jour.

 

Le pilier américain de l'ordre bipolaire est bien lézardé.

L'intervention en Irak (2003) devait installer une démocratie, qui servirait ensuite de modèle à toute la région. En fait la guerre américaine n'a installé que le chaos. Elle a détruit la dictature de Saddam Hussein, qui était aussi une dictature de la minorité sunnite. Mais il fallait bien de la naïveté pour penser que des élections libres installeraient une démocratie. Elles n'ont fait qu'ouvrir la porte à un conflit sanglant entre les communautés : sunnites, chiites, kurdes ... Le rêve d'un monde unipolaire, structuré autour des Etats-Unis, de leur modèle séduisant et de leur force armée redoutable, ce rêve s'est évanoui au milieu des horreurs de la guerre civile irakienne. 

Le président Obama, en retirant les forces américaines d'Irak en 2011, puis en refusant des frappes aériennes en Syrie en 2013, a montré clairement une nouvelle orientation : plus question d'intervenir directement, place à la négociation avec les puissances régionales, en particulier l'Iran.

En conséquence l'Arabie saoudite a des doutes de plus en plus sérieux sur la solidité de l'alliance américaine.

Quant à Israël, il poursuit sa politique d'annexion rampante de la Cisjordanie, sans trop se soucier des réactions de Washington ... qui jusqu'à présent a toujours laissé faire. L'alliance Washington / Israël reste la dernière alliance inconditionnelle de la région, mais on voit mal quel avantage les Etats-Unis en retirent : la politique intransigeante d'Israël entretient la haine de l'Occident dans l'ensemble du monde arabo - musulman.  

 

 

Ce qui restait de l'ordre européen s'est effondré

En 1922 avaient été créés des états sur le modèle de l'état-nation européen : Liban, Transjordanie, Syrie, Irak. Ils ont pu fonctionner tant qu'ils étaient contrôlés par la puissance  coloniale. Puis, après l'indépendance, tant qu'ils ont été tenus d'une mains de fer par l'une de leurs minorités :  Sunnites en Irak, Alaouites en Syrie. Aujourd'hui, la Syrie et l'Irak n'existent plus en tant qu'états unifiés. L'Irak a été détruit par l'intervention américaine. La Syrie de Bachar el Assad a explosé sous la pression des revendications démocratiques, le "printemps arabe", vite débordé par la révolte des minorités, la contagion du chaos irakien, puis la naissance d'un Etat islamiste à cheval sur la Syrie et l'Irak. De leur côté la Jordanie et le Liban sont submergés par les réfugiés.

 

Irak, Syrie, Liban, Jordanie ... : c'est tout le centre de la région qui s'est effondré. Autour de ce trou béant renaissent les ambitions des puissances régionales, qui ne pouvaient s'exprimer du temps de l'ordre bipolaire : Turquie, Iran, Arabie saoudite. (Logiquement on devrait ajouter l'Egypte aux puissances régionales : elle en a la taille. Mais elle est actuellement recentrée sur sa situation intérieure, plus que chaotique, et a peu de chances de jouer un rôle effectif en dehors de ses frontières). 

 

 

A la périphérie, la renaissance des puissances régionales

 

L'Iran est la puissance régionale la plus ambitieuse, parce qu'héritière d'un grand passé impérial, dotée d'une force matérielle et humaine bien réelle, et qu'elle a été longtemps marginalisée. Elle a les moyens d'agir sur le centre effondré à travers ce qu'on a appelé "l'arc chiite" : le gouvernement chiite de Bagdad, le pouvoir alaouite de Assad en Syrie,  et le Hezbollah libanais. Il faut y ajouter les Houtis du Yémen, au sud de la péninsule arabique. Et aussi Bahreïn, dont le gouvernement est sunnite, mais la population majoritairement chiite.

Elle peut donc compter sur de nombreux et puissants relais locaux pour installer son hégémonie, non pas au sens d'une domination complète, mais une situation où l'Iran serait reconnu comme la première puissance régionale, celle dont aucune puissance locale ou extérieure ne pourrait défier les intérêts. Dans la situation de déstabilisation actuelle, il n'y a aucune chance que l'Iran chiite renonce à ce projet, ni que les puissances sunnite (Turquie et Arabie saoudite) l'acceptent.

 

La Turquie est membre de l'Alliance atlantique et entend bien le rester, car c'est pour elle une assurance - vie face au voisin russe. De 1568 à 1918, treize guerres ont opposé les deux puissances. Globalement à l'avantage de la Russie, elles ont chassé les Turcs des rives nord de la mer Noire et d'une grande partie du Caucase.

Mais la Turquie est gouvernée depuis2002 par l'AKP (Parti de la Justice et du Progrès) de Recep Erdogan, qui a gagné cinq élections législatives de 2002 à 2015. L'AKP est qualifié le plus souvent de parti "islamiste modéré". Mais il est clair que sous sa direction la Turquie ne regarde plus seulement vers l'Occident : elle regarde tout autant vers le monde musulman.

La Turquie a bénéficié, au moment du "printemps arabe", du prestige de son gouvernement "islamiste modéré", qui pouvait espérer servir de modèle. Ankara a alors pu rêver d'un "néo-ottomanisme", qui lui redonnerait une influence sur les anciennes provinces de l'Empire ottoman. Rapidement, c'est plutôt la méfiance des voisins qui l'a emporté. Dès lors l'objectif principal de la Turquie est d'éviter à tout prix la formation d'un état kurde à ses frontières, en raison de la présence d'une forte population kurde dans tout l'est de la Turquie. Pour cela il faut ménager l'Etat islamique,  en guerre contre les Kurdes ... et aussi contre Bachar el Assad, autre ennemi d'Ankara.

L'autre problème géostratégique, plus général, est la confrontation avec les ambitions de l'Iran ... ce qui conduit également la Turquie à ménager l'Etat islamique.  

Enfin la Turquie doit gérer son voisinage avec l'immense Russie, ennemie héréditaire, qui ne veut pas disparaitre de la région et soutient militairement le régime d'Assad. En avril 2016 on voit même se rallumer le conflit entre l'Arménie (soutenue par la Russie) et l'Azerbaïdjan (soutenu par la Turquie).

 

L'Arabie saoudite est une puissance considérable et fragile. Considérable par la richesse pétrolière et le contrôle de La Mecque, centre symbolique du monde musulman. Ses regards ne se limitent donc pas au Moyen-Orient : ils se tournent vers l'ensemble du monde musulman. Mais l'Arabie saoudite est fragile par l'immensité de son territoire et la faiblesse de sa population : sur plus de deux millions de km², 30 millions d'habitants, dont un tiers d'immigrés asiatiques, et peut être deux millions d'Arabes chiites, fort peu liés à l'Iran, mais chiites tout de même.

Par contre l'Arabie saoudite peu compter sur le soutien des pétromonarchies du Golfe Persique (Koweït, Qatar, Emirats arabes unis ...) pauvres en population, mais richissimes en pétrodollars.

 

L'Arabie saoudite craint par dessus tout les ambitions de l'Iran, et n'a plus qu'une confiance très relative dans la protection américaine. Elle se voit donc contrainte de mener une politique plus active et autonome, en achetant des armes à la France, et en intervenant dans les conflits de la région. A Bahreïn son armée est intervenue pour casser la contestation de la population chiite (2011). Au Yémen elle intervient dans la guerre civile, contre les Houtis (chiites), depuis mars 2015.

En Syrie la position de l'Arabie saoudite est beaucoup plus délicate, puisqu'elle y a deux ennemis : le régime d'Assad, allié de l'Iran, et l'Etat islamique, rival de Riyad pour le leadership d'un islam pur et dur.  

 

Ce dernier point, la rivalité avec l'Etat islamique, est essentiel. En effet le rôle central de l'Arabie saoudite ne peut pas reposer uniquement sur les pétrodollars. Il y faut aussi un carburant spirituel, c'est la promotion d'un islam conservateur connu en gros sous le nom de "salafisme", et qui a un écho très loin dans le monde.

La promotion de cet islam est certes une manœuvre politique, mais elle correspond aussi aux convictions religieuses profondes des promoteurs. En choisissant cette voie  le gouvernement de Riyad a pourtant joué les apprentis sorciers. Il a vite été dépassé par des radicaux, pour qui la défense de l'islam passe par la confrontation et non l'alliance avec les Etats-Unis. Sur les dix-neuf kamikazes morts le 11 septembre 2001, quatorze étaient saoudiens ... Dans la remise en cause de l'alliance américano-saoudienne, ce sont d'abord les Etats-Unis qui ont perdu confiance.

 

L'un des enjeux de la lutte est donc bien le leadership sur l'umma, la communauté musulmane. Or l'Etat islamique veut être le seul défenseur du véritable islam, et considère les autres prétendants (à commencer par Riyad) comme traitres et impies. La lutte entre eux est donc bien une lutte à mort. 

 

 

Conclusion ??

 

Autour du centre effondré et en plein chaos, trois puissances régionales surveillent et interviennent pour la défense de leurs intérêts vitaux : Turquie, Iran, Arabie saoudite. Et comme elles sont rivales entre elles, leurs interventions ne peuvent que perpétuer le chaos. Il n'existe plus aucune puissance extérieure ayant la force et l'autorité pour imposer une stabilisation. La Russie n'a que des objectifs limités : ne pas disparaitre de la région. Les Etats-Unis ne veulent plus entendre parler d'une intervention directe, et semblent accorder plus d'importance à l'Asie - Pacifique qu'au Moyen - Orient. Quant à l'Europe, mieux vaut par charité n'en point parler.

On peut donc sans grand risque avancer l'hypothèse que le chaos a encore de beaux jours devant lui. Quant aux conséquences possibles de ce chaos sur l'Europe, on ne fera aucune hypothèse, mais il est permis d'être pessimiste.