Les motivations des grandes puissances

 

1947 est l'année de la rupture entre les Etats-Unis et l'URSS : l'alliance nouée dans la Seconde guerre mondiale se défait, la guerre froide commence. Malgré cela, le 29 novembre 1947, Américains et Soviétiques votent ensemble le plan de partage de la Palestine. Bien entendu, l'accord entre eux n'est qu'apparent. Que cache-t-il ?

 

LES ETATS-UNIS

 

Au lendemain de 1945, les Etats-Unis jusqu'alors peu présents au Proche-Orient réalisent son importance. Le pétrole, les routes stratégiques, rendent la région vitale pour les intérêts américains. Dans le cadre de la guerre froide naissante, il faut à tout prix empêcher que l'URSS ne s'installe au Proche-Orient. Le premier objectif des Etats-Unis est de prendre le relais de l'Angleterre affaiblie, et d'éviter toute rupture avec le nationalisme arabe.

 

D'un autre côté, l'opinion publique américaine est très favorable au sionisme après la découverte du génocide nazi. La communauté juive américaine (la plus riche et l'une des plus nombreuses du monde) exerce de fortes pressions sur les élus. L'électorat juif américain pèse d'un poids non négligeable dans certains états, en particulier l'état de New York. Les déclarations souvent hésitantes des responsables américains se font plus favorables au sionisme à la veille des échéances électorales. Mais au delà de ces considérations "électoralistes", toute la culture historique des Etats-Unis incline les Américains à la sympathie pour le projet sioniste. Les références bibliques, les notions de "terre promise" et de "pionniers" sont profondément communes aux deux peuples. 

 

Au final, le souci de ménager à la fois le nationalisme arabe et le sionisme conduit la diplomatie américaine à se prononcer pour le partage de la Palestine.

 

L'URSS

 

Pour sa part, l'URSS est confrontée à la politique d' "endiguement" décidée par la président américain Truman, c'est-à-dire l'encerclement du camp communiste par les Etats-Unis et leurs alliés. L'objectif essentiel de l’Union soviétique est d'empêcher la réalisation de cet encerclement au Proche-Orient.

 

Or l'URSS ne cherche pas encore, comme elle le fera plus tard, à s'appuyer sur le nationalisme arabe. C'est le Royaume-Uni qui cherche l'alliance avec ce nationalisme, avant de quitter la Palestine. Et l'Angleterre est à la fois l'alliée des Etats-Unis, et le meilleur représentant de l'"impérialisme".

 

Par contre, l'URSS considère avec une certaine sympathie le mouvement sioniste. Il lutte avec les armes contre les Anglais au nom de l'indépendance. Des tendances, minoritaires mais non négligeables, du sionisme, sont proches des idées socialistes. Des milliers de Juifs originaires d'Europe de l'est émigrent vers la Palestine, et peuvent renforcer cette tendance.

 

Le souci d'affaiblir l'impérialisme britannique, et son allié le nationalisme arabe, conduit donc l'URSS à se prononcer pour le partage de la Palestine dès le 14 mai 1947, dans un discours de Gromyko devant l'Assemblée générale de l'ONU. Pour les mêmes raisons, l'URSS soutiendra militairement Israël lors de la guerre de 1948-49, en lui permettant d'acheter des armes à la Tchécoslovaquie.

 

 

LE ROYAUME-UNI

 

L'Angleterre, considérablement affaiblie par la guerre, ne peut plus assumer le même rôle mondial qu'avant 1939. Elle admet que le temps de la domination coloniale est révolu (indépendance des Indes : août 1947), et reconnait l'échec du mandat sur la Palestine. C'est pourquoi, en février 1947, elle remet le problème entre les mains de l'Assemblée générale de l'ONU.

 

Mais, en préparant son retrait, l'Angleterre n'entend pas renoncer à tout rôle mondial. Son objectif essentiel est de maintenir des rapports privilégiés avec les états arabes dont elle a reconnu l'indépendance (Egypte, Irak, Transjordanie). Elle joue cette carte depuis la fin des années 30, où elle a décidé de limiter strictement l'immigration juive en Palestine. Des traités d'assistance militaire ont été signés avec ces différents états au moment de leur accession à l'indépendance.

 

L'Angleterre ne veut donc rien faire qui puisse heurter le nationalisme arabe. Elle ne peut non plus rejeter totalement le projet d'un état juif, alors qu'elle l'a elle-même favorisé à travers la déclaration Balfour, et qu'il est admis par les Etats-Unis et l'URSS. L'aboutissement logique est l'abstention lors du vote de l'Assemblée générale de l'ONU sur le plan de partage. Les Anglais refusent d'assumer la moindre responsabilité dans l'application de ce plan, et annoncent qu'ils mettront fin au Mandat le 15 mai 1948.

 

 

 

NOVEMBRE 1947 : QUI A VOULU LE PARTAGE DE LA PALESTINE ?

LE VOTE DE L'ASSEMBLEE GENERALE DE L'ONU SUR

LE PLAN DE PARTAGE DE LA PALESTINE

 

En 1947 l'ONU ne compte que 57 états membres, contre plus de 200 aujourd'hui. Création des vainqueurs de 1945, elle exclut à l'origine les vaincus (Allemagne, Italie, Japon...), leurs sympathisants (Espagne de Franco, Portugal de Salazar), certains neutres (Irlande, Suisse...),et bien sûr l'ensemble des pays colonisés.

Le vote sur le plan de partage de la Palestine s'appuie sur l'article 4 de la Charte des Nations Unies, qui confie à l'Assemblée générale le pouvoir d'admettre de nouveaux membres. L'article 18 précise qu'une telle décision est prise à la majorité des 2/3 des votants. Dix états s'étant abstenus et un n'étant pas représenté, la majorité requise pour adopter le plan de partage était de 31 voix.

 

 En rouge : membres permanents du Conseil de sécurité.

 

Ont voté pour

Ont voté contre

Se sont abstenus

 

Australie

Belgique

Bolivie

Brésil

Biélorussie

Canada

Costa Rica

Equateur

Etats-Unis d'Amérique

France

Guatemala

Haïti

Islande

Libéria

Luxembourg

Pays Bas

Nouvelle Zélande

Nicaragua

Norvège

Panama

Paraguay

Pérou

Philippines

Pologne

République Dominicaine

Suède

Tchécoslovaquie

Ukraine

Union Sud-Africaine

URSS

Uruguay

Venezuela

 

Total : 33 états

 

Afghanistan

Arabie saoudite

Cuba

Egypte

Grèce

Inde

Iran

Irak

Liban

Pakistan

Syrie

Turquie

Yémen

 

Total : 13 états

 

Argentine

Chili

Chine

Colombie

El Salvador

Ethiopie

Honduras

Mexique

Royaume-Uni

Yougoslavie

 

Total : 10 états

 

 

(La Thaïlande n'était pas représentée, un coup d'état se déroulant au même moment dans le pays)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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