Zeev Jabotinsky (1880 - 1940)

Zeev Jabotinsky et le révisionnisme sioniste

 

 

Zeev Jabotinsky (1880 - 1940) est le fondateur en 1925 du "parti révisionniste", ancêtre de la droite israélienne actuelle, le Likoud. Jabotinsky se distingue du sionisme majoritaire sur plusieurs points :

 

Un plus grand radicalisme.

-Les révisionnistes réclament pour l'état juif toute la Palestine, c'est à dire avec la Transjordanie, dont les Anglais ont fait un état séparé. (Cette revendication est aujourd'hui abandonnée par la droite israélienne, mais elle sert à repousser l'idée d'un état palestinien : "cet état existe déjà, c'est la Jordanie que les Anglais ont volée aux Juifs").

-Les révisionnistes revendiquent hautement l'usage de la violence, contre les Anglais, mais aussi contre les Arabes, en riposte aux attaques de colonies juives.

Une orientation économique et sociale à droite.

- Contre la majorité sioniste sympathisant avec le socialisme, voir le communisme, le révisionnisme se réclame du libéralisme économique.

 

Surtout, une approche différente des rapports avec les Arabes.

- La gauche sioniste affirme volontiers que son projet est bénéfique pour tout le monde, y compris les Arabes de Palestine. Jabotinsky rejette ce qu'il considère comme une dangereuse illusion. Dans un article de 1923, la "Muraille d'acier", il expose clairement son point de vue : le projet sioniste est un projet colonial, totalement contraire aux intérêts des Arabes ; les Arabes le comprennent parfaitement et ne l'accepteront jamais ; il faut leur imposer ce projet par la force, et ils ne l'accepteront que lorsqu'ils n'auront plus aucun espoir de le détruire.

 

Ci-dessous les extraits les plus significatifs de cet article. Vous pouvez aussi consulter le texte intégral.

 

Vers le cours "Israël - Palestine : comprendre un conflit".

 

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La Muraille d'acier

Texte intégral

La Muraille d'acier (novembre 1923)

Extraits

 

Les partisans du compromis parmi nous tentent de nous convaincre que les Arabes sont des sortes d'idiots qui peuvent être trompés par une formulation atténuée de nos objectifs ou une tribu de grippe-sous qui abandonneront leur droit sur la Palestine contre des gains culturels et économiques. Je rejette catégoriquement cet avis sur les Arabes Palestiniens.

(…). Nous pouvons parler autant que nous voulons de nos bonnes intentions, mais ils comprennent aussi bien que nous ce qui n'est pas bon pour eux. Ils considèrent la Palestine avec le même amour instinctif et la même véritable ferveur que les Aztèques considéraient leur Mexique ou que les Sioux considéraient leurs prairies.

Penser que les Arabes consentiront volontiers à la réalisation du Sionisme en échange des bénéfices culturels et économiques que nous pourrions leur accorder est infantile. Ce fantasme infantile de nos "Arabophiles" vient d'une sorte de mépris envers le peuple Arabe, d'une sorte de vision infondée de cette race comme étant des canailles prêtes à se laisser soudoyer afin de vendre leur patrie contre un réseau de chemins de fer.

Cette vision est absolument infondée. Des individus arabes peuvent peut-être être achetés mais cela ne veut pas dire que tous les Arabes dans Eretz Israël sont prêts à vendre un patriotisme que même les Papous n'échangeraient pas. Chaque peuple indigène résistera aux colonisateurs étrangers aussi longtemps qu'il verra un espoir de se débarrasser du danger d'une colonisation étrangère.

(…)

La colonisation a sa propre explication, intégrale et inéluctable, et elle est comprise par tous les Arabes et tous les Juifs en possession de leurs esprits. La colonisation ne peut avoir qu'un seul objectif. Pour les Arabes palestiniens, cet objectif est inadmissible. C'est dans la nature des choses. Changer cette nature est impossible.

(…)

Donc, nous concluons que nous ne pouvons rien promettre aux Arabes de la Terre d'Israël ou aux pays arabes. Leur accord volontaire est hors de question. Donc ceux qui maintiennent qu'un accord avec les autochtones est une condition essentielle pour le Sionisme peuvent maintenant dire "non" et quitter le Sionisme. La colonisation sioniste, même la plus limitée, doit soit se terminer, soit être menée à bien au mépris de la volonté de la population autochtone.
Cette colonisation ne peut, par conséquent, continuer et se développer que sous la protection d'une force indépendante de la population locale : un mur de fer que la population autochtone ne pourra pas franchir. Voici, en globalité, notre politique envers les Arabes. La formuler autrement ne serait qu'hypocrisie.

(…)
Tout cela ne signifie pas que toute sorte d'accord est impossible, mais seulement qu'un accord volontaire est impossible. Aussi longtemps qu'ils auront le mince espoir qu'ils peuvent se débarrasser de nous, ils ne vendront pas cet espoir, contre aucune sorte de mots doux ou de mets succulents, parce qu'ils ne sont pas des canailles mais une nation, peut être un peu en loques, mais encore en vie.

Un peuple en vie ne fait d'énormes concessions sur des questions aussi décisives que lorsqu'il n'a plus d'espoir.
C'est seulement lorsque plus une seule brèche n'est visible dans le mur de fer que les groupes extrémistes perdent leur emprise, et que l'influence est transmise aux groupes modérés.
Seulement alors, ces groupes modérés viendront à nous avec des propositions de concessions mutuelles.
Et seulement alors, les modérés offriront des suggestions de compromis sur des questions pratiques telles qu'une garantie contre l'expulsion, ou une égalité et une autonomie nationales.

Je suis optimiste sur le fait qu'ils se verront effectivement attribuer des assurances satisfaisantes et que les deux peuples, comme de bons voisins, pourront alors vivre en paix.
Mais la seule voie vers un tel accord, c'est le mur de fer, c'est-à-dire le renforcement en Palestine d'un gouvernement sans aucune sorte d'influence arabe, c'est-à-dire un gouvernement contre lequel les Arabes combattront.

En d'autres termes, pour nous la seule voie vers un accord dans l'avenir est un refus absolu de toute tentative d'accord maintenant.