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L'accord avec le mouvement sioniste :

un enjeu entre les puissances

 

Il faut le rappeler : la Fédération sioniste n'est pas un état, mais une organisation, neutre dans la Grande Guerre. Elle a une représentation à Londres, mais également à Berlin.

D'autre part il faut se garder de tout anachronisme : aux yeux de la plupart des Juifs, le pire régime n'est pas l'Allemagne (qui n'a pas encore inventé le nazisme), mais la Russie tsariste, responsable d'un déferlement d'antisémitisme à la fin du XIX° siècle. Pendant la guerre, les Juifs d'Allemagne montrent un patriotisme sans faille.

Il est donc logique que la Fédération sioniste négocie avec les différents pays belligérants un soutien à ses objectifs. En 1917 la Russie, emportée par la révolution, a d'autres chats à fouetter. Mais la France et l'Allemagne manifestent leur intérêt et prennent quelques initiatives. La déclaration Balfour a aussi pour objectif de les prendre de vitesse, et d'intégrer résolument la carte sioniste dans le jeu de l'Angleterre. 

Nous présentons ci-dessous les initiatives françaises et les initiatives allemandes.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Zone de résidence des Juifs dans l'empire russe, avec le pourcentage de population juive avant 1914.

En théorie, les Juifs de l'empire n'avaient pas le droit de résider en dehors de cette zone. 

C'est avec cette zone que Max Bodenheimer propose en 1914 de faire un vaste état indépendant, allant de la Baltique à la Mer noire, et allié de l'Allemagne. Les Juifs, désormais protégés par l'Allemagne, y joueraient un rôle important. 

Les Allemands n'ont donné aucune suite à ce projet, et il parait profondément irréaliste. Il s'appuie cependant sur une réalité géopolitique incontestable : l'existence, de la Baltique à la mer Noire, d'une vaste zone qui n'est, ni vraiment russe, ni vraiment "européenne" (au sens de "occidentale"), mais intermédiaire.

Cette réalité s'est déjà incarnée dans des états (ou des projets d'état).

Voir ci-dessous :

- La Pologne - Lituanie au XIV° siècle, puis au XVI° siècle.

- Le projet du maréchal Pilsudski en 1920.

 

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Une délégation du mouvement sioniste à Jérusalem en 1898

Au centre, Théodore Herzl. A l'extrême gauche, Max Bodenheimer

Affiche allemande de 1920 à la mémoire des 12.000 soldats allemands et juifs tombés de 1914 à 1918.

Les initiatives allemandes

 

Soyons clair : rien d'aussi avancé que la déclaration Balfour n'est en préparation dans les cartons de la diplomatie allemande en 1917.

Il faut d'abord noter que la communauté juive d'Allemagne est d'un patriotisme exemplaire. En 1914 il y a environ 600.000 Juifs en Allemagne. 100.000 seront mobilisés, et 12.000 mourront au combat. Ce sacrifice n'empêche pas la naissance d'une campagne antisémite, accusant les Juifs d'être embusqués et profiteurs de guerre. En octobre 1916 un recensement des Juifs de l'armée est décidé, officiellement pour démentir les fausses accusations. Bien que toute accusation d'antisémitisme soit rejetée par le gouvernement, la mesure blesse profondément les Juifs, et accroit l'hostilité contre eux. Après la guerre les Juifs d'Allemagne auront à cœur de mettre en valeur leur participation au combat.

(Voir ci-contre)  

 

MAIS l'alliance déjà ancienne entre l'Allemagne et l'empire Ottoman (le voyage de Guillaume II à Jérusalem date de 1898) amène Herzl à penser que Berlin pourrait être un allié. Il a plusieurs contacts avec le Kaiser, et obtient quelques déclarations favorables à la colonisation juive en Palestine.

Par ailleurs, pendant la guerre, Berlin se soucie de l'opinion des communautés juives dans le monde, et travaille sur quelques projets.

1.Dès l'été 1914, le Comité allemand pour l'émancipation des Juifs russes, dirigé par Maw Bodenheimer (voir à gauche) propose la reconstitution d'un très vaste Pologne, alliée de l'Allemagne, et dans laquelle la population juive, très nombreuse, jouerait un rôle essentiel (voir carte ci-dessous). 

2.L'Allemagne intervient fréquemment en faveur des Juifs de l'Empire ottoman, et se montre favorable à l'émigration des Juifs vers la Palestine. Elle ne peut cependant aller très loin dans ce sens, car l'Empire ottoman est son allié.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jules Cambon (1845 - 1935)

Nahum Sokolov (1859 - 1936)

L'initiative française

Nahum Sokolov, juif polonais, dirige l'exécutif sioniste depuis 1911. Il s'est installé à Londres au début de la guerre, et a été l'un des principaux artisans de la déclaration Balfour. Mais il ne néglige pas les contacts avec les autres puissances, en particulier la France, l'Italie ... et le Vatican.

En avril 1917 il se rend à Paris, où il rencontre le président du conseil Ribot, et le secrétaire général du quai d'Orsay, Jules Cambon.

Il obtient de Jules Cambon la lettre reproduite ci-contre, très encourageante, puisqu'elle est la première prise de position d'un gouvernement en faveur de la cause sioniste. Elle est cependant très modérée et ne prend aucun engagement. La déclaration Balfour, qui la suit de quelques mois, va donc beaucoup plus loin. 

Pour ne pas gêner sa négociation avec l'Angleterre, Sokolov n'a pas rendu publique cette lettre. Il aurait pu l'utiliser pour faire pression en cas de difficultés.