Mémorandum du 26 janvier 1940

adressé par le colonel de Gaulle à quatre-vingt personnalités politiques et militaires, dont les généraux Gamelin et Weygand, ainsi que MM. Daladier et Reynaud.

 

« Cinq millions de Français, jeunes et actifs, se trouvent depuis de longs mois - et pour combien de mois encore ? - militairement inutilisés dans des cantonnements ou dans des dépôts. L'obscur sentiment d'impuissance que le système actuel fait naître apparemment dans l'âme des chefs (...) commence à se répandre dans la nation armée elle-même.

(...)

A aucun prix le peuple français ne doit céder à l’illusion que l’immobilité militaire actuelle serait conforme au caractère de la guerre en cours. C’est le contraire qui est vrai. Le moteur confère aux moyens de destruction modernes une puissance, une vitesse, un rayon d’action, tels que le conflit présent sera, tôt ou tard, marqué par des mouvements, des surprises, des irruptions, des poursuites, dont l’ampleur et la rapidité dépasseront infiniment celles des plus fulgurants évènements du passé. 
(…)
Ne nous trompons pas, le conflit qui est commencé pourrait bien être le plus étendu, le plus complexe, le plus violent de tous ceux qui ravagèrent la Terre. La crise politique, économique et sociale, morale dont il est issu revêt une telle profondeur et présente un tel caractère d’ubiquité, qu’elle aboutira fatalement à un bouleversement complet de la situation des peuples et de la structure des Etats. Or, l’obscure harmonie des choses procure à cette révolution un instrument militaire – l’armée des machines – exactement proportionné à ses colossales dimensions. Il est grand temps que la France en tire la conclusion. »