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Face à l'horreur de la guerre moderne

L'Assistance aux blessés nerveux

 

 

 

 

Marguerite Hérold

(1879 - 1965)

Vincent Pruchnicki - Arnouville, le château des Machault au XVIII° siècle

Editions Lelivredart, 2013 - 28 €.

Peut être commandé sur Internet ou en s'adressant à l'association Arnouville et son passé.

Vicissitudes d'un château

Au XIX° siècle, les partages successoraux ont dispersé le mobilier du château, qui était somptueux. La belle étude de Vincent Pruchnicki permet aujourd'hui de connaitre ce mobilier.

En 1872, le château lui-même quitta la famille Machault et fut vendu à la baronne de Rothschild. Après avoir dispersé une partie du patrimoine, dont la grille d'entrée, la baronne revendit le château dès 1874. Il eut une bonne dizaine de propriétaires entre cette date et la première guerre mondiale : la possession d'un château était alors un élément de prestige important pour les classes dirigeantes, anciennes ou nouvelles, mais elles achetaient ou revendaient au gré de leurs caprices ces vieilles pierres qui n'étaient pas liées à l'histoire de leur famille. Parmi les différents propriétaires, il y eut même un Belge et un Chilien ...   

Au lendemain de 1918 le château fut racheté 350.000 francs par la famille Hérold, pour y installer l'Assistance aux blessé nerveux de la guerre.

 

18 -14 : des problèmes nouveaux

Dès la fin de 1914, on est installé dans une guerre longue que personne n'avait prévu. Des problèmes nouveaux se posent, en particulier l'afflux d'un nombre sans précédent de blessés : il y en aura plus de 4 millions au cours de toute la guerre, et les structures hospitalières du temps de paix sont évidemment incapables de les accueillir. Pour faire face, la société se mobilise, souvent à l'appel de "personnalités". Dès 1914 est fondé le Secours National à l'initiative d'Albert Khan, banquier et philanthrope. Des hôpitaux sont installés dans les universités, les bibliothèques, les locaux les plus divers.

C'est à ce grand mouvement que participent les initiatives de Madame Hérold en faveur des "blessés nerveux". Les hôpitaux voient en  effet affluer des blessés d'un type nouveau, parfois indemnes dans leur corps, mais traumatisés par la violence de la guerre moderne, en particulier la très longue exposition aux bombardements. Un rapport de la Croix Rouge en 1917 fait état de plus de 40.000 soldats français hospitalisés pour des raisons psychiques. Problème nouveau, et souvent mal accueilli : ces "blessés nerveux" peuvent être ressentis comme des simulateurs.

 

L'œuvre de Marguerite Hérold (1879 - 1965)

Femme d'origine modeste, Marguerite Hérold a été intégrée  par son mariage avec André-Ferdinand Hérold à l'aristocratie républicaine, une bourgeoisie fortunée et cultivée, qui a clairement au XIX° siècle fait le choix de la République contre ses deux concurrents, le Roi et l'Empereur. André-Ferdinand Hérold est suffisamment fortuné pour consacrer sa vie à une littérature qui ne le nourrit pas. Autour de lui s'est constitué un cercle où l'on voit plus ou moins régulièrement Mallarmé, Pierre Louÿs, Paul Valéry, Courteline, André Gide, Maurice Ravel, Gabriel Fauré, le physicien Pierre Perrin ...

Quant à Madame Hérold, elle se consacre essentiellement aux œuvres caritatives. Pendant la guerre, elle considère que les traumatisés méritent une aide particulière en raison de l'incompréhension qu'ils rencontrent. Elle crée à Paris en 1917 l'Assistance aux blessés nerveux de la guerre, avec plusieurs centres de soins qui leur sont consacrés. C'est cette association qui s'installe en 1921 au château d'Arnouville, d'abord loué, puis acheté. Dans ce cadre particulier, la pratique de l'horticulture est utilisée comme thérapie et moyen de réinsertion.

L'entreprise ne va pas sans difficultés. Avec l'expérience, il apparait que l'horticulture ne peut aider que les traumatisés légers à retrouver une vie normale. Pour les traumatisés sévères, les dégâts sont irréparables, et il n'y a pas d'autre issue que l'hôpital psychiatrique. Les archives municipales gardent la trace des problèmes créés par la présence de traumatisés sévères dans les rues d'Arnouville.

Dans les années 1920, le docteur Henri Wallon (1879 - 1962, plus tard le co-auteur du célèbre plan Langevin-Wallon) a travaillé au château d'Arnouville. Nous avons de lui des rapports qui témoignent de la gravité des traumatismes.  

 

Des "blessés nerveux" à l'ITEP actuel

(Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique)

Dès les années 1920 l'association installée au château diversifie son public. Elle accueille des enfants en grande difficulté. A cette époque ou le politiquement correct n'existait pas, on les appelait tout simplement "enfants attardés". Progressivement, ces jeunes vont devenir le seul public du château.

Aujourd'hui, l'ITEP installé au château poursuit ce travail. Il accueille et forme à l'horticulture des jeunes en grande difficulté sociale ou psychologique.

          

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Henri Wallon

Son rapport médical établi sur la base des observations faites à Arnouville

Voir ici

Portrait de Henri Wallon

 

 

 

 

 

 

 

Un voisinage difficile

Motion votée par le conseil municipal d'Arnouville le 6 février 1921

Le conseil municipal, informé des actes répréhensibles commis par des mutilés dans la commune, notamment

1- Menaces proférées contre les commerçants qui refusent de servir à boire à quelques uns de ces malheureux en état d'ébriété.

2- Querelles qui se produisent entre eux dans les rues ou les établissements publics, et batailles avec armes, révolvers et couteaux qui en sont la suite.

3- Gestes inconvenants faits devant des femmes ou des jeunes filles.

Demande que l'administration de l'école de rééducation interdise les sorties libres aux mutilés ou les fasse accompagner par des personnes qui veilleront sur leurs faits et gestes afin d'éviter que ces malheureux, bien souvent irresponsables, ne commettent des actes coupables dont seraient victimes les habitants.