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La politique de Machault d'Arnouville

Une dernière chance pour la monarchie ?

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En 2016 un site Internet a annoncé que le château était vendu à l'acteur Gérard Depardieu, qui voulait y tourner un film sur la vie de Machault d'Arnouville et  installer les Restaus du cœur dans l'orangerie. 

La nouvelle était datée du 1° avril.

Voir ici :

https://www.visagonews.com/single-post/2016/04/01/Le-ch%C3%A2teau-d%E2%80%99Arnouville-vendu--1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Louis XV

Roi de France de 1715 à 1774

Premier des nobles ou chef de la nation ?

La guerre, fonction essentielle de l'état royal.

Gravée sur les canons du roi, la formule

"ULTIMA RATIO REGUM"

"Le dernier argument des rois"

Musée des Invalides - Paris

 

... et sa mission

Sa mission : sauver un budget en quasi faillite, avec une dette équivalent presque à une année de ressources, et des dépenses supérieures de 15 pour cent aux recettes.

L'état royal est fauché parce qu'il a trop bien réussi. Il n'a plus rien à voir avec la vieille monarchie féodale de Hugues Capet, où le roi n'était que le premier des nobles, sensé "vivre du sien", c'est à dire des revenus de son domaine. Au fil des siècles les rois ont rassemblé un territoire et construit une nation, imposé partout leur autorité, domestiqué la noblesse à Versailles. Et cet état qui remplit de plus en plus de fonctions coûte de plus en plus cher. La guerre,  inséparable de la construction de la nation, est le premier poste de dépenses, souvent la moitié du total.

Or cet état, moderne dans son fonctionnement, n'a guère modifié son idéologie. On continue de dire que le roi tient son pouvoir de Dieu, et non du consentement de la nation. D'enseigner  que Dieu a créé trois catégories d'hommes inégaux dans leurs droits et leurs devoirs : ceux qui prient (les prêtres), ceux qui combattent (les nobles), et ceux qui travaillent (le tiers état). Que la fonction du clergé et de la noblesse n'étant pas de travailler, ils n'ont pas non plus à payer l'impôt, sauf s'ils y consentent de leur plein gré par amour pour le roi.

Il était dans ces conditions bien difficile d'équilibrer le budget de l'état ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le "Vingtième"

En mai 1749, l'édit de Marly annonce la création d'un nouvel impôt, le "Vingtième". C'est l'œuvre de Machault ET de Louis XV, le roi ayant assuré le ministre de son soutien.

Cet impôt de 5 pour cent sur les revenus est révolutionnaire sur deux points :

- Il frappe tous les revenus, qu'ils soient roturiers, nobles ou ecclésiastiques.

- Il doit être perçu directement par l'administration royale, qui est donc chargée de contrôler les revenus.

C'était donner à l'état royal moderne une fiscalité correspondant à sa nature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Agrandir : cliquer ici

L'orangerie

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Le château : l'aile sud-est

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Machault transforme Arnouville

La mission que Louis XV confie à Machault dit assez la confiance qu'il lui fait. Il la confirme en 1750 en ajoutant aux fonctions de Machault celle de garde des sceaux.

Au faîte de sa puissance et de sa fortune, Machault commence en 1751 la construction d'un château digne de son rang, flanqué d'une magnifique orangerie. Il en demande les plans à deux architectes du roi célèbres en leur temps,  Contant d'Ivry et  Chevotet.

Il n'en reste pas là et entreprend une transformation complète du petit bourg d'Arnouville, y faisant tracer de larges places et avenues. C'est appliquer à un village les principes d'urbanisme mis en œuvre à Paris par les rois depuis que, au début du XVII° siècle, Henri IV a dessiné la place royale (actuelle place des Vosges). Pour Arnouville il s'agit de désenclaver le château, de le relier par une sorte de voie triomphale à Gonesse,  et au delà à la route de Compiègne, celle qu'emprunte le roi lorsqu'il revient de la chasse. Et effectivement, Louis XV a honoré son ministre d'une visite à plusieurs reprises.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Voltaire : Lettre sur le Vingtième

16 mai 1749

 

"Un Etat est aussi bien gouverné que la faiblesse humaine peut le permettre, quand les tributs sont levés avec proportion, quand un ordre de l’Etat n’est pas favorisé aux dépens d’un autre, quand on contribue aux charges publiques, non selon sa qualité, mais selon son revenu ; et c’est ce qu’un tribut tel que le vingtième de tous les biens opère. Si on n’admet pas cet arrangement, il faudra nécessairement un équivalent ; car il faut commencer par payer ses dettes.

    Ce ne sont point les impôts qui affaiblissent une nation ; c’est ou la manière de les percevoir, ou le mauvais usage qu’on en fait. Mais si le roi se sert de cet argent pour acquitter des dettes, pour établir une marine, pour embellir la capitale, pour achever le Louvre, pour perfectionner ces grands chemins qui font l’admiration des étrangers, pour soutenir les manufactures et les beaux-arts, en un mot, pour encourager de tous côtés l’industrie, il faut avouer qu’un tel impôt, qui paraît un mal à quelques-uns, aura produit un très grand bien à tout le monde. Le peuple le plus heureux est celui qui paie le plus et qui travaille le plus, quand il paie et travaille pour lui-même."

 

L'échec du Vingtième

L'impôt du Vingtième correspondait si manifestement à l'intérêt général qu'il aurait dû recevoir un soutien enthousiaste de la nation. Voltaire prit parti dans ce sens.

Mais il est bien rare qu'un nouvel impôt soit populaire. Et l'on vit les privilégiés, clergé et noblesse, appeler le peuple à la résistance contre le despotisme royal. Tout reposait finalement sur Louis XV : saurait-il soutenir Machault jusqu'au bout ? Il lui manqua, non le sens de l'intérêt général, mais la force de caractère. Dépressif, culpabilisé par ses péchés - qui étaient nombreux, surtout ceux de la chair - il se croyait menacé par la colère divine à chaque revers de fortune ou accident de santé. Il céda, non aux protestations de la noblesse, mais à celle du clergé.

Pour l'assemblée générale du clergé, on ne peut imposer le vingtième "sans renverser les autels, profaner la religion, abolir le culte divin ou l'avilir, envahir ou dissiper les biens des pauvres et les dons de la piété des fidèles"(...) "Notre conscience et notre honneur ne nous permettent pas de consentit à voir changer en tribut nécessaire ce qui ne peut être que l'offrande de notre amour"

Le Vingtième ne fut pas supprimé, mais dénaturé, et les privilégiés y échappèrent largement. La révolution fiscale qui aurait achevé la modernisation de l'état n'eut pas lieu. Machault fut congédié en 1757, et la révolution éclata en 1789.

Louis XV aurait déclaré :

"Ils ont tant fait qu’ils m’ont forcé à renvoyer Machault, l’homme selon mon cœur ; je ne m’en consolerai jamais".

 

Dans « l’Ancien Régime et la Révolution », publié en 1856, Tocqueville souligne la portée de l'échec de Machault :

« Vers 1750, la nation tout entière (…) souhaitait des réformes plus que des droits, et, s’il ne se fût trouvé alors sur le trône un prince de la taille et de l’humeur du grand Frédéric, je ne doute point qu’il n’eût accompli dans la société et dans le gouvernement plusieurs des plus grands changements que la Révolution y a faits, non-seulement sans perdre sa couronne, mais en augmentant beaucoup son pouvoir. On assure que l’un des plus habiles ministres qu’ait eus Louis XV, M. de Machault, entrevit cette idée et l’indiqua à son maître ; mais de telles entreprises ne se conseillent point : on n’est propre à les accomplir que quand on a été capable de les concevoir. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cadastre d'Arnouville en 1819

Agrandir : cliquer ici

La façade sud-ouest du château, celle de l'entrée principale. On voit nettement qu'il s'agit d'une demi façade, interrompue par l'arrêt des travaux.

Echec du Vingtième, échec de Machault

Retiré sur ses terres d'Arnouville, Machault n'est certes pas ruiné, mai il n'a plus les moyens de poursuivre la construction de son château. Les travaux s'arrêtent en 1757, et ne seront jamais repris. L'état actuel du château représente à peu près la moitié du plan initial.

Machault, dit-on, espéra toujours être rappelé, mais en vain. Sous la Révolution il fut arrêté parce que ses fils avaient émigré. S'il ne fut pas guillotiné c'est seulement parce qu'il mourut à la prison des Madelonnettes, à 93 ans, avant que son dossier n'arrive sur le bureau du tribunal révolutionnaire. On ne sait pas où est sa sépulture.

 

 

 

 

 

 

 

Machault d'Arnouville

1701 - 1794

Machault d'Arnouville ...

Jean-Baptiste Machault, né en 1701 à Paris, est issu d'une ancienne famille intégrée à la noblesse de robe des Ardennes au XVI° siècle. Au XVII° siècle, une de ses branches acquiert le fief d'Arnouville. Mais elle possède aussi à Paris, rue des Archives, un hôtel particulier, aujourd'hui disparu, où naît notre Jean-Baptiste.

La fonction de la noblesse de robe est le service du roi, c'est à dire de l'état. Machault, homme de grand caractère (on l'appelle "Machault tête de fer" ...), a été remarqué par le roi Louis XV lorsqu'il était intendant du Hainaut. En 1745 il est nommé contrôleur général (nous dirions ministre) des finances. Vu l'état du trésor royal, c'est l'une des fonctions les plus hautes et les plus difficiles qui se puissent imaginer.