L’attitude de la Chine face au conflit en Libye pose la question de son rapport au monde, maintenant que sa croissance économique lui donne des responsabilités et des moyens de plus en plus  importants.

 

La Chine ne s’est pas désintéressée du conflit : comment le pourrait –elle, alors qu’elle a un besoin vital d’importer du pétrole, et que des  milliers de ses ressortissants travaillaient en Libye avant la crise ? 

Elle n’a pas non plus empêché l’intervention occidentale. Au Conseil de sécurité de l’ONU, elle s’est contentée de s’abstenir, alors que sa seule voix suffisait à bloquer toute résolution. Mais elle manifeste clairement son irritation devant les risques d’escalade, et elle défend surtout la non ingérence dans les affaires des autres pays.  

 

Il y a des raisons évidentes à cette prudence. La Chine, qui n’a rien d’une démocratie, n’aime pas beaucoup les « croisades pour la démocratie ».  Étant elle – même incapable d’agir en Méditerranée, elle n’a pas l’intention d’aider les Occidentaux à être les gendarmes du monde.

  

Mais il faut essayer de voir au-delà : la question de son rapport au monde est totalement nouvelle pour la Chine, elle l’aborde sans rien renier de son passé (plurimillénaire…), et elle ne peut l’éluder, maintenant que sa croissance l’a complètement intégrée à la mondialisation.  

 

La Chine : quel rapport au monde ?

Voir page 1

 

C’est officiel depuis février 2011 : le PIB (produit intérieur brut) de la Chine est devenu en 2010 le deuxième du monde, loin derrière celui des Etats-Unis, mais dépassant légèrement celui du Japon. Le progrès est fulgurant depuis vingt ans : en 1990 la Chine se situait au 11° rang mondial, en 2000 au 6° rang mondial.                                               

 

Une telle montée en puissance suscite évidemment des interrogations sur l’avenir des grands équilibres mondiaux : la Chine est-elle appelée à égaler, voire à supplanter la puissance américaine ? L’Avenir étant toujours plus rusé que ceux qui le scrutent, on se gardera bien d’affirmations péremptoires. Il n’est pourtant pas sans intérêt de souligner un point qui relève, non de la prévision, mais de la solide réalité historique : la Chine n’a jamais eu le même rapport au monde que l’Occident.

 

 

L’Occident, puissance dominante centrifuge.  Voir page 2

 

L’Occident (à l’origine : l’Europe occidentale chrétienne) a toujours su que d’autres mondes existaient, qu’ils étaient différents, et qu’il présentaient un intérêt.

 

Un intérêt dans tous les sens du terme. Ils étaient intéressants parce que différents, avec leurs propres réalisations de haute valeur. On pouvait aussi en attendre un profit, que ce soit en commerçant avec eux ou en les dominant.

 

Ce regard intéressé n’a jamais empêché le sentiment de supériorité. Malgré toutes leurs qualités, il manquait toujours quelque chose aux Autres, et c’était d’être comme nous, les Occidentaux.  Écoutons le jésuite Matteo Ricci, qui écrit en 1582, après un éloge admiratif de la Chine et de sa civilisation : « … il leur manque le principal qui est la connaissance de Dieu et de sa sainte religion. C’est pourquoi l’ordre et la prudence qu’ils gardent dans leur manière de gouverner ne suffisent pas pour empêcher beaucoup de désordres très graves .»  

 

La conséquence logique de cette vision est l’extension universelle du modèle occidental, même si, bien entendu, il ne peut gommer tout l’héritage des autres civilisations. C’est dans ce sens que l’on peut parler de l’Occident comme visant à une domination de nature centrifuge.   

 

Ce projet commence à prendre une forme concrète avec la formidable explosion de l’Occident qui se produit au tournant du XV° - XVI° siècles. Par les Grandes Découvertes, l’Europe construit le premier réseau mondial : celui des routes maritimes qui la relient au monde entier.

 

Placée au centre de ce réseau, l’Europe est en position dominante pour plusieurs siècles. Sa domination arrive à son apogée à la fin du XIX° siècle, c'est-à-dire à la veille de la Grande Guerre de 1914, ce suicide du vieux continent.

 

 

Au XX° siècle la domination de l’Occident se perpétue, mais ce sont les Etats-Unis qui l’exercent de plus en plus. Ils le font selon les mêmes critères que l’Europe : défendre l’hégémonie d’un modèle universel … parfois contre un autre modèle, comme à l’époque de la Guerre froide.

 

Aujourd’hui, après l’effondrement du bloc communiste, la représentation du rôle mondial des Etats-Unis se fait avec la même logique graphique : l’extension d’une seule et même couleur sur le planisphère.

 

 

 

La Chine, puissance dominante centripète  Voir page 3

 

La Chine a construit une grande civilisation, comme l’Europe … mais depuis plus longtemps encore. Et surtout cette civilisation a grandi dans un relatif isolement, pendant des siècles, jusqu’à l’arrivée des Occidentaux. La Chine classique ne sentait autour d’elle que des obstacles, apparentés à des vides : océan infranchissable, immensités arides et désertes, montagnes très élevées. 

 

Bien sûr il y avait d’autres peuples. Mais ces Autres, beaucoup moins nombreux, adoptaient la civilisation de la Chine, qui devenait de ce fait la seule civilisation.

Ils reconnaissaient la prééminence de la Cour impériale et lui payaient tribut, même s’ils étaient en fait indépendants. Les termes dans lesquels la Cour du Tibet ou du Vietnam s’adressaient au pouvoir chinois sont très révélateurs à ce sujet. 

 

C’est dans ces conditions que la Chine a construit la vision d’un monde dont elle était le centre :  « Zhongguo », littéralement « le pays du milieu », ce que l’on traduit généralement par « l’empire du milieu » (rappelons que le mot « Chine » … n’existe pas en chinois !). Les peuples voisins étaient plus ou moins barbares, mais intégrés à ce système : ils en recevaient la civilisation et reconnaissaient sa suprématie.

 

Quant aux « barbares lointains » (les Européens, par exemple…), trop différents pour être sinisés, il fallait seulement les tenir à distance. En 1816, lorsque l’Angleterre triomphante envoie une ambassade à la Cour de Chine, munie de cadeaux et d’un message, l’empereur Jiaqing la renvoie avec hauteur : « la Cour céleste ne tient pas pour précieux les objets venus de loin … A l’avenir, point ne sera besoin de commettre des envoyés pour venir aussi loin …. »  

 

 

On peut aussi évoquer l’étrange destin de l’amiral Zheng He. Au XV° siècle, ses voyages à travers l’Océan Indien et jusqu’aux côtes de l’Afrique démontrent que les Chinois avaient la capacité à être les premiers  dans l’ouverture des routes maritimes mondiales.  Ils ne l’ont pas fait, pour des raisons dont les historiens débattent encore. Mais on peut tout simplement estimer qu’ils ne l’ont pas fait parce qu’ils n’en ont pas vu l’intérêt.      

 

La Chine classique nous apparaît donc comme une puissance dominatrice, mais centripète : elle est le centre du monde, le « seul pays sous le ciel »  (Tien Hia). Les « barbares proches » viennent payer le tribut et recevoir les lumières de la civilisation.

Les « barbares lointains » ne peuvent être intégrés à ce système et sont quantité négligeable.

 

 

 

 

Quelle place pour la Chine dans le monde tel qu’il est ? Voir page 4

 

La vision que la Chine classique avait du monde révéla au XIX° siècle un grave défaut : elle n’avait plus aucun rapport avec la réalité. Non seulement l’Occident avait une civilisation, mais elle lui avait donné une puissance matérielle très supérieure à celle de la  Chine. En soumettant l’ « Empire du milieu », l’Occident lui fit subir un traumatisme terrible : il l’expulsa du centre du monde.

 

Après un long siècle d’épreuves dramatiques (dont on peut dater le début aux guerres de l’opium – années 1840 – et la fin aux derniers soubresauts du maoïsme – années 1970), la Chine a reconquis son indépendance et sa puissance, politique hier, économique aujourd’hui.

 

Que la Chine veuille retrouver sa centralité, cela ne fait pas de doute pour ce qui concerne l’Asie orientale : non pas être le centre du monde, mais le centre de son monde ; assurer la sécurité de ses frontières et de ses lignes d’approvisionnement ; faire reconnaître sa prééminence par ses voisins, ceux qui étaient autrefois les « barbares proches ».                                                                          Voir page 5

 

Quant au monde extérieur, la Chine ne peut plus ignorer qu’il existe. Elle a absolument besoin de lui, et compte bien y défendre partout ses intérêts. Mais elle ne manifeste aucune velléité d’être pour ce monde extérieur un modèle. Ici réside sans doute l’une des différences les plus radicales avec l’Occident. On peut donc formuler l’hypothèse, pour l'avenir, d’une présence croissante de la Chine, agissant en fonction de l’ « intérêt réciproque », mais ne prétendant à aucun leadership autre que régional. Quelque chose qui ressemblerait au « monde multipolaire » …

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
La Chine et le monde
Home

 

Pour voir les animations, cliquer sur les images.

N'oubliez pas de régler le son de votre ordinateur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 1 - Introduction

Compléments :

PIB 1990

PIB 2000

PIB 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 2 -  L'Occident et le monde

Compléments

 

 

Le regard du jésuite Matteo Ricci sur la Chine (1582)

 

Les Grandes Découvertes

(XV° - XVI° siècles)

 

L'Europe et le monde à la veille de 1914

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 3

La Chine impériale et le monde

Compléments

 

 

Un atlas du XVII° siècle

 

Les rapports anciens du Tibet et du Vietnam avec la Chine

 

Carte : une Chine isolée par la géographie

 

1816 : la Chine rejette les avances anglaises

 

Cartes : les voyages de l'amiral Zheng He (XV° siècle)

(Plus : - La girafe de Zheng He

- 2005 : la Chine commémore Zheng He)

 

 

 

 

 

Page 5

La Chine centre de SON monde

Compléments

 

 

L'unité de la Chine

 

La prééminence de la Chine

 

La sécurité des voies de communication

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 4 -

La Chine et le monde aujourd'hui