Les plans d'hégémonie allemande pendant la Grande Guerre (1914 - 1918)

 

 

Dans les années 1950 - 1960, une thèse s'était imposée parmi les historiens allemands : il fallait distinguer radicalement les causes de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Si la responsabilité totale du nazisme dans le déclenchement de la guerre en 1939 ne pouvait pas être niée, par contre les choses étaient beaucoup plus complexes pour 1914. Dans l'engrenage qui avait conduit au conflit, les responsabilités étaient largement partagées entre toutes les puissances européennes, et la politique de Guillaume II ne pouvait pas être considérée comme la cause unique, ou même principale du drame.

 

On comprend facilement les ressorts de cette thèse. C'était assez pour l'Allemagne de porter la culpabilité du nazisme, elle ne voulait pas, de plus, se considérer comme responsable de tous les malheurs du siècle. Paradoxalement, cette thèse rassemblait les historiens des deux Allemagnes. Les historiens "marxistes" de RDA voyaient dans 1914 le déclenchement de la "guerre impérialiste", dont étaient responsable l'impérialisme en général, sans culpabilité particulière de l'impérialisme allemand. Plus encore, la guerre avait été rendue possible par la trahison de la social-démocratie, trahison justement combattue par ceux, Allemands ou Russes, qui allaient former le mouvement communiste : Rosa Luxembourg, Lénine ...

 

Ces thèses exonérant la politique de Guillaume II allaient être ébranlées en 1961 par la publication du livre d'un historien allemand, Fritz Fischer : "Les buts de guerre de l'Allemagne impériale". Analysant minutieusement les sources gouvernementales,  auxquelles il était le premier à avoir intégralement accès, Fischer concluait à une responsabilité écrasante du gouvernement allemand.  Il publiait pour la première fois le "Programme de septembre" (1914) du chancelier Bethmann-Hollweg, qui énonçait clairement un projet d'hégémonie allemande sur toute l'Europe, et éventuellement sur l'Afrique.

 

Bien entendu, le livre de Fischer a déclenché parmi les historiens allemands une polémique dont les enjeux n'étaient pas seulement universitaires, et qui allait se prolonger jusque dans les années 1980.  (Fischer lui-même est mort en 1999, après avoir constamment défendu et affiné sa thèse). Aujourd'hui, la cause est à peu près entendue : Fischer s'approche bien plus de la vérité que ses prédécesseurs. Des historiens de la génération suivante ont pris le relais, et enfoncent un peu plus le clou sur la responsabilité allemande. Voir par exemple la remarquable mise au point de l'historien américain David Fromkin dans "Le dernier été de l'Europe".

 

On peut, en simplifiant, résumer ainsi l'état de la question :

 

Il n'est pas question d'assimiler l'Allemagne de Guillaume II et l'Allemagne d'Hitler. Mais, dès les années 1890 (c'est à dire dès l'abandon de la politique de Bismarck), l'Allemagne affirme des ambitions hégémoniques qui ne peuvent que dresser contre elle une coalition des autres puissances européennes, tout comme l'ambition de Napoléon avait soudé une coalition comparable contre la France. En maintenant cette politique, tant par ambition que par vanité, Guillaume II prend le risque de la guerre, et il l'assume jusqu'au bout pendant la crise de l'été 1914.

 

 

 

 

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Infographie : le programme de septembre

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le "Programme de septembre" et les plans d'hégémonie allemande

Lecture : 6 mn 30

 

Texte du "Programme de septembre".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réédité en 2006 en collection de poche "Pluriel", 10 euros

 

La polémique ouverte en 1961 par le livre de Fischer est aujourd'hui éteinte : le livre a été édité pour la dernière fois en français en 1970, et en allemand en 1994.